Croyances quand vous nous tenez !

11 Jan 2019 | | Laisser un commentaire

Le sujet de ce premier article de l’année 2019 porte sur les croyances. Comme je le fais très souvent après le cours de karatedo, je parle avec mes élèves de divers sujets d’actualité. Philippe, un passionné d’arts martiaux et de plongée nous a parlé un soir d’astronomie, une autre de ses passions. La Chine, nouvelle venue dans le domaine de l’exploration spatiale, a posé le 3 janvier dernier sur la face cachée de la lune une sonde appelée « chang’e 4 ». Philippe nous a affirmé que l’astre qui brille au dessus de nos têtes la nuit met 28 jours pour faire un tour sur lui-même et également 28 jours pour faire le tour de la terre. Ces cycles de durées identiques expliquent le fait que le satellite naturel de la terre montre toujours la même face à cette dernière.

D’abord persuadé que la lune ne tournait pas sur elle-même, j’ai fini par admettre, après d’âpres discussions et une démonstration réalisée par Philippe à l’aide de deux objets symbolisant les deux astres, que ce que je croyais vrai ne l’a jamais été ! Ce soir là, l’une de mes convictions les plus ancrées a volé en éclat. Au même moment je me suis senti ridicule d’avoir eu pendant toutes ces années durant une telle croyance sur l’un des phénomènes d’astrophysique les plus proches de nous. Cette anecdote m’a rappelé au passage que nous devons nous méfier de nos sens et garder à l’esprit la maxime de Socrate : « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien », pensée signifiant que l’étendue de notre ignorance est immensément plus grande que celle de notre savoir.

Croire que la lune tourne sur elle-même ou qu’elle est fixe par rapport à elle-même est, pour la plupart d’entre nous, un savoir qui n’a pas une grande incidence sur le déroulement de notre existence. Par contre, il existe une multitude de croyances de tous ordres, vraies ou fausses, aidantes ou contraignantes qui influencent au quotidien le cours de nos vies respectives. Une croyance revêt différents aspects. Elle prend la forme d’une idée, d’un principe, d’un concept, d’une théorie, d’une doctrine, d’une philosophie, d’une thèse, d’une connaissance, d’un rituel, d’une foi, d’une superstition, d’une coutume, d’une opinion, d’une affirmation, d’une citation, d’une formule, d’une peur, d’un préjugé, d’une condamnation, d’une conclusion, d’une supposition, d’une hypothèse, d’une certitude, d’une évidence, d’un fantasme, d’un espoir, d’un idéal, etc. Derrière tous ces mots se cache une illusion, par définition fausse par rapport à une réalité supposée.

Nos croyances, nos valeurs, nos priorités déterminées par les objectifs que nous nous fixons dans la vie, participent à la construction de notre réalité et déterminent également nos manières d’agir ou de ne pas agir. Dans son livre « Apprivoiser le changement avec l’auto-hypnose », le psychothérapeute et coach Kévin Finel, définit la croyance comme étant : [Une possibilité, perçue comme une certitude. Une idée qui ne peut être « prouvée » mais qui oriente tout de même nos actions.]

D’après l’auteur, nos idées proviennent de nos expériences (succès, échecs, peurs et envies) tapies aujourd’hui au fond de nous et également des personnes influentes de notre enfance. Le professeur, l’homme d’église ainsi que nos parents n’ont eu cesse de nous abreuver de croyances, le plus souvent dans une intention bienveillante.

Les croyances sur lui-même, sur les autres et sur le monde dont l’enfant fait sienne, façonnent l’existence de ce dernier. Elles se révèlent être toxiques pour l’adulte en devenir car elles se comportent comme des filtres à travers lesquels la personne observe et interprète le monde qui l’entoure. Rigides dans nos pensées et nos comportements, nous ne prenons pas suffisamment de recul par rapport à nos croyances.

Nous avons appris à parler en reproduisant les mots et les phrases prononcés par les personnes de notre entourage et également en regardant la télévision. Trop jeunes pour prendre du recul vis-à-vis des messages qui nous étaient adressés, ces mots et ces phrases que nous avons absorbés comme des éponges marines, ont introduit, à notre insu, un mode de pensée et une représentation du monde qui nous donnent plus ou moins confiance dans notre capacité à faire en sorte que les choses arrivent.

Adultes, nous sommes plus à même d’apercevoir ce conditionnement induit par les schémas nécessaires à l’apprentissage et les idées véhiculées par les différents médias. L’identification de nos croyances est une tâche difficile car le plus souvent nous percevons ces dernières comme des certitudes et non comme des pensées, la plupart des certitudes ne reposant sur aucun fondement.

Des émotions aussi différentes que la joie et la tristesse sont attachées à nos pensées. Ces émotions teintent notre existence d’une humeur allant du contentement au désespoir. Durant de nombreuses années nous pouvons rester prisonniers de schémas de croyances ou de comportements inappropriés liés à nos stratégies défensives, tous s’appuyant sur des pensées partiellement vraies ou carrément erronées. C’est le propre d’une croyance de nous imposer la véracité d’une chose sans que nous jugions nécessaire de le vérifier par nous-même peut-être en raison des efforts que cela nous demande. Une autre explication possible réside dans le fait que la croyance nous conforte dans nos choix et nous apporte sécurité et protection. Frédéric Demarquet, coach et praticien en développement personnel, avance dans son livre « et si j’osais » que se sont nos croyances et nos pensées qui déclenchent en partie nos peurs.

Nous construisons à partir de nos croyances ce que nous appelons des règles de vie afin de mieux nous adapter au monde tel que nous le percevons. Des commandements personnels comme « il faut que.. » ou « je dois… » ne sont pas dénués de sens car ils contiennent une expérience passée ou une idée de départ qui s’est avérée juste à un instant donné. L’aspect positif de ces auto-injonctions est qu’elles nous confèrent un certain équilibre et incitent les autres à croire en nous. Ce qui pose problème est leur rigidité. Confrontés aux événements de la vie, ces croyances et ces règles nous poussent à réagir respectivement dans le champ des émotions, des comportements et des pensées de la même manière.

Une autre difficulté à laquelle nous sommes confrontés réside dans la prolifération de croyances limitantes qui oriente l’expérience et réduit le champ des possibles. Dans son livre « Du désir au plaisir de changer » le docteur en psychologie, Françoise Kourilsky, définit la croyance limitante de la manière suivante : [Une croyance est dite limitante dès lors qu’elle génère des prédictions d’échec ou qu’elle freine les possibilités de la personne en l’empêchant d’utiliser de façon constructive les données de la situation présente.]

Nos croyances et nos pensées (autrement dit notre dialogue intérieur) sont des manipulations internes. Nous nous empêchons de comprendre, d’apprendre et de grandir lorsque nous disons « Je ne peux pas … » ou « Je ne pourrai jamais … ». Ces pensées ou phrases prononcées à haute voix sont appelées prophéties auto-réalisatrices, elles génèrent l’évènement prévu et de cette manière le confirment.

Cette faculté d’établir des liens entre notre réalité et des événements n’est pas spécifique à l’être humain. Le thérapeute Paul Watzlawick, figure majeure du courant constructiviste, rapporte dans son livre « l’invention de la réalité », une expérience sur le comportement réalisée par le célèbre psychologue américain Burrhus Frederic Skinner. Ce dernier a placé dans plusieurs boites un pigeon et a introduit régulièrement dans chacune d’elle une boulette de nourriture. Chaque pigeon vaque à ses occupations et au bout d’un moment l’apparition de la nourriture coïncide avec un mouvement précis du pigeon. Ce dernier identifie cette posture particulière et met en place la prévision qu’il existe une relation entre son attitude et la distribution de nourriture ce qui l’amène à reproduire de plus en plus souvent son geste et résultat : [l’un tourne sans arrêt sur la gauche, l’autre déploie constamment son aile droite, et un troisième tourne continuellement la tête d’un côté puis de l’autre.]

Nous avons vu précédemment que notre réalité reposait en partie sur nos croyances. Lorsqu’au fil du temps une croyance évolue ou qu’elle est remplacée par une autre ou encore qu’elle finit par s’évaporer instantanément comme par enchantement à la suite, par exemple, d’une émotion intense, notre réalité s’en trouve par conséquent modifiée mais rien ne laisse envisager que notre nouvelle vision des choses nous aidera à avancer, ou pas. A l’inverse, quand la vérité change et bouscule l’une de nos croyances, il peut nous arriver de maintenir coûte que coûte crédible cette dernière à grand renfort d’arguments infondés nous semblant cependant parfaitement cohérents dans le but de conserver cette vérité à laquelle nous tenons tant. Dans son livre « Apprivoiser le changement avec l’auto-hypnose », le psychothérapeute et Kévin Finel relate l’histoire du patient qui pense être un cadavre. Après avoir essayé en vain de convaincre cette personne du contraire, son psychiatre lui demande : [« Est-ce que les cadavres saignent ? »] Son interlocuteur amusé répond « non ». Avec l’accord de ce dernier, le psychiatre lui pique un doigt avec une aiguille et provoque l’apparition d’une goutte de sang. [« Nom d’un chien, les cadavres saignent vraiment ! »] s’exclame le patient avec stupéfaction.

Remettons-nous en cause en nous interrogeant sur nos croyances et en commençant par les assouplir car, comme l’écrit Kévin Finel dans son ouvrage « Apprivoiser le changement avec l’auto-hypnose »: [si tout n’est que croyance, autant choisir celles qui peuvent nous aider et nous faire évoluer.] Certaines croyances du type « je suis capable d’avoir la vie que je désire » poussent à l’action et au succès étant donné que croire qu’une chose est possible augmente notre faculté de la réaliser. Ce phénomène est apparenté au bien connu effet placebo du domaine pharmacologique et médical.  Ce genre de croyance libère les potentiels qui sont en nous et influence également nos comportements et par là même nos relations aux autres. Des croyances comme « je dois souffrir pour être beau » sont quant à elles simplement éprouvantes.

Lorsqu’une croyance s’avère fausse, son contraire n’est pas forcément vrai. Par exemple, l’affirmation suivante « Le monde est bon », n’est pas plus vraie que celle qui prétend que « Le monde est dur ». Il en est de même des citations qui se contredisent : « Qui se ressemble s’assemble » et « Les opposés s’attirent », « Après la pluie, vient le beau temps » et «  Un malheur n’arrive jamais seul », « Prudence est mère de sûreté » et « Qui ne tente rien n’a rien », etc.

Nos croyances construisent une vérité qui n’est autre que notre vision de la réalité et rien ne prouve que cette dernière soit la bonne. En partant du principe que nous détenons de notre propre point de vue une part de vérité, nous pouvons alors affirmer que notre vision de la réalité n’est pas la vérité. Peu importe que nos croyances soient vraies ou fausses, ce qui compte est qu’elles soient aidantes ou pas. Il ne s’agit pas de se libérer de toutes nos croyances mais d’utiliser celles qui nous donnent suffisamment d’énergie pour agir. Comme l’écrivent les créateurs de la PNL (1), Richard Bandler et John Grinder dans leur livre « Les secrets de la communication » : [Lorsque vous aurez compris que l’univers dans lequel vous vivez en ce moment est tout à fait imaginaire et factice, vous pourrez vous fabriquer d’autres univers.]

 

 

(1) PNL : programmation Neurolinguistique

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