Communication et relations humaines

3 Déc 2018 | | Laisser un commentaire

En cette fin d’année 2018, l’actualité portée par le mouvement des « gilets jaunes » est devenue brûlante. Elle m’amène à vous parler dans cet article de communication et de relations humaines. Avant d’évoquer les interactions entre personnes, j’aimerais explorer avec vous ce qui nous distingue des autres espèces animales et tenter ainsi de définir l’être humain.

[Ce qui caractérise l’être humain, c’est non seulement sa mobilité, mais aussi sa faculté d’acquérir des connaissances et sa capacité d’éprouver des émotions.] écrivent les psychologues-psychothérapeutes Jean-Jacques Wittezaelz et Teresa Garcia-Rivera dans leur livre intitulé « A la recherche de l’école de Palo Alto ». Chez d’autres espèces animales ces qualités sont également présentes. Concernant l’espèce humaine, elles ont tout bonnement atteint des sommets grâce à l’intelligence dont nous faisons preuve depuis des millénaires. Le professeur émérite de psychologie cognitive, Alain Lieury rapporte dans son livre intitulé « psychologie cognitive de l’éducation » que le biologiste et psychologue Jean Piaget, définit le concept d’intelligence comme la faculté d’adaptation à l’environnement. Rien en ce monde n’est immuable, sauf le changement ajoute le philosophe grec Héraclite d’Ephèse. Confrontés à des difficultés de tout ordre lors de notre passage sur terre et sous le ciel (expression empruntée au philosophe et psychanalyste François Roustang), les êtres humains doivent faire preuve d’imagination afin de trouver les meilleures solutions. L’énergie considérable dont nous disposons fait que la plupart du temps nous parvenons à nos fins. L’être humain va au bout de ses passions jusqu’à bafouer ce qu’il a adoré. Comme le célèbre Docteur Jekyll du roman de Robert Louis Stevenson, nous sommes un étonnant mélange de violence et de gentillesse. Cette dualité ombre et lumière qui caractérise chaque être humain, nous renvoie à notre peur de la part d’animalité qui est en nous.

La présence de l’être humain sur la terre entière atteste de notre mobilité ainsi que de notre adaptation au milieu dans lequel nous évoluons. Cette souplesse dont nous faisons preuve ainsi que notre capacité à éprouver des émotions nous mettent en mouvement et nous confortent dans notre statut d’êtres vivants. [Qu’est-ce qu’un être vivant ?] demande le philosophe et psychanalyste François Roustang dans son livre intitulé « Il suffit d’un geste » : [C’est un organisme qui s’adapte à son milieu, c’est-à-dire qui a ou qui invente les comportements qui lui permettent de naître, de croître et de mourir en conformité avec ce qu’il est et ce qu’il trouve dans son environnement.]. D’après l’auteur, c’est Dame Nature qui « pilote » les comportements des animaux alors que la faculté de l’être humain à penser lui confère la possibilité d’agir sur les comportements qui le définissent : les relations à soi, aux autres et au monde. [L’être humain voit, entend, sent ou ressent des choses dont il se distingue et dont il sait qu’il se distingue.] écrit François Roustang. L’être humain a conscience de lui-même et cette faculté lui donne la possibilité de s’observer, de s’adapter et de s’améliorer.

La parole distingue également l’être humain des autres animaux. Là encore, cette faculté ne concerne pas uniquement l’être humain. Quelques espèces connues comme, le perroquet et le mainate, sont capables de prononcer des mots, voire des phrases et d’imiter ainsi la parole humaine. Malgré un langage verbal inexistant ou restreint, les animaux arrivent à communiquer entre membres d’une même espèce et également avec nous. L’essentiel des échanges passe par le non verbal et dans ce mode de communication certaines espèces nous supplantent. Certaines sortes de poissons ou de volatiles parviennent à se déplacer de concert dans de majestueux ballets. Ces comportements sont d’excellents exemples d’intelligences collectives qui laissent sans voix nos leaders, politiques ou autres.

J’ai parlé des besoins fondamentaux dans mon article du 3 octobre 2017 intitulé « Liberté et responsabilité ». Chez l’être humain, le besoin d’identité est de tous nos besoins le plus important. Dans son livre « Comment apprivoiser son crocodile », la psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol explique que « identité » signifie « se sentir accepté et reconnu dans sa différence ». Le besoin d’identité résulte de la vie en société et il est vital pour chacun d’entre nous de se reconnaître soi-même comme une entité singulière tout en étant perçu par les autres membres du groupe comme un être humain à part entière. Ce besoin d’identité crée du lien et fait de nous un animal social. Depuis la nuit des temps l’être humain a peur d’être rejeté par ses semblables car il sait qu’en s’isolant il s’expose encore plus aux dangers. Nous utilisons la séduction dans le but d’être apprécié des autres, d’obtenir de la reconnaissance et d’atténuer notre peur de ne pas être suffisamment aimés.

A la différence des autres espèces animales, l’être humain dépend totalement de ses congénères sur la période allant de la naissance à la petite enfance. Une expérience menée par des scientifiques a mis en évidence cet état de fait. Après avoir montré à un jeune singe un objet et l’avoir caché devant lui dans une boîte, l’animal imagine la présence de la chose et ouvre la boîte pour s’en emparer. Pour un enfant du même âge, la disparition de l’objet lui paraît définitive. Comme le conducteur d’un véhicule diesel attend que son moteur arrive à température avant de démarrer, certaines fonctions cognitives du cerveau humain mettent du temps à se développer ce qui nous rend au début de notre vie totalement dépendant des membres de notre entourage.

[Mais pourquoi investissons-nous, êtres humains (comme d’ailleurs les animaux les plus évolués), autant de temps et d’efforts pour définir nos relations aux autres ?] demande le psychothérapeute et théoricien de la communication Paul Watzlawick dans son livre intitulé « Les cheveux du baron de Münchhausen ». Pour l’auteur, nous nous évertuons à instaurer des relations avec les autres car la posture qu’adoptent ces derniers nous permet d’être conscients d’exister. Prenons par exemple le cas d’un professeur dont les élèves se comportent en classe comme des « sauvageons ». L’attitude des enfants ou des adolescents incite l’enseignant à changer de posture et à devenir menaçant afin que la relation garde un sens. Dans un autre exemple, un homme pourra définir sa relation de mari et de père lorsque sa femme et ses enfants ratifieront la relation en adoptant respectivement la posture d’épouse et de filles ou de fils.

A la différence des objets qui nous entourent, les relations humaines n’ont d’existence qu’aux yeux des acteurs de la relation sans être toute fois entièrement partagées par les protagonistes. Cette différence de point de vue est due en grande partie au filtre de nos croyances, de nos expériences, de nos pensées et de nos sensations. Cet écart de perception de la réalité est indépendant de notre volonté et provoque de nombreux conflits humains. Cependant, nous pouvons réduire la distance qui nous sépare de l’autre dans un but empathique ou au contraire avec la volonté de manipuler la relation en la précipitant dans les eaux troubles du jeu psychologique. Un rapport de qualité, c’est-à-dire une attitude bienveillante, respectueuse et de bonne volonté passe par une estime de soi élevée et également par la faculté de gérer les émotions d’autrui. C’est ce que les spécialistes des relations humaines, dont le plus célèbre représentant est le psychologue humaniste américain Carl Rogers, nomment la démarche d’« écoute active ».

Soit la relation évolue spontanément au fil des échanges, soit elle est amenée par l’un, ou les deux acteurs de l’interaction, dans une direction prédéterminée. Dans ce cas, l’un, ou les deux locuteurs, cherche(nt) à exercer un pouvoir sur l’autre et à contrôler l’interaction. Les rôles endossés consciemment ou inconsciemment par les protagonistes dans les jeux psychologiques sont parfois complémentaires. C’est le cas du triangle dramatique de Karpman détaillé par le Docteur Eric Bern, l’inventeur de l’Analyse Transactionnelle (l’A.T), dans son livre « Des jeux et des hommes ». Pour exister, une Victime a besoin d’un Sauveur ou d’un Persécuteur et ces derniers cherchent de leur côté une Victime. La boucle est bouclée et les stratégies des uns et des autres se mettent en place. Le Docteur Bern a noté que ces relations toxiques finissent par altérer le comportement des personnes.

Les relations humaines sont à la fois complexes et riches d’enseignement sur soi et les autres. A ce sujet, voici ce qu’écrit dans son livre intitulé « Au-delà de la culture » l’anthropologue américain et spécialiste de l’interculturel, Edward T. Hall : [Se connaître et comprendre les autres sont deux opérations étroitement liées. Pour connaître les autres il faut d’abord se connaître, et les autres alors aident à mieux se connaître.]. La connaissance de soi serait-elle le début de la sagesse ? (confère mon article du 7 mai 2018 intitulé « Savoir, connaissance et attention totale »)

 

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