Le reflet en miroir

3 Déc 2016 | | Laisser un commentaire

En ce début décembre, période des premiers passages de grades de cette nouvelle année sportive, j’ai envie de vous parler du « reflet en miroir ». J’ai constaté que des nouveaux pratiquants de karaté-do (1) arrivés au mois de septembre et particulièrement chez les enfants, sont perturbés lorsque qu’ils doivent reproduire les mouvements que j’exécute en face d’eux. Bien que je prononce le mot « gauche » en montrant par exemple la technique du bras gauche, certains d’entre eux exécutent spontanément le mouvement avec le bras droit comme si j’étais le reflet de leur image dans un miroir.

Lorsque vous vous trouvez face à un miroir vous voyez une copie conforme de vous. Visualisez en face de vous une personne qui vous regarde. D’après vous, vous voit-elle tel que vous vous voyez dans une glace ? Pour répondre à cette question, imaginons que vous soyez coiffé avec une mèche de cheveux cachant une partie de votre front. Cette frange démarrerait, par exemple, en haut à gauche de votre visage et se terminerait un peu plus bas à droite. Une personne qui se trouverait en face de vous verrait vos cheveux aller de sa droite vers sa gauche, autrement dit, par rapport à vous, dans le sens opposé. En vous regardant dans un miroir, l’image que vous voyez n’est donc pas exactement celle que votre entourage perçoit. Imaginons une symétrie gauche-droite parfaite de votre corps. L’image que les autres auraient de vous serait la même que celle que vous auriez en vous regardant dans un miroir mais il n’en est pas ainsi car la nature est imparfaite et l’être humain créatif. La plupart du temps nous ne nous voyons pas. Lorsque nous apercevons notre reflet dans un miroir, une flaque d’eau ou bien encore la devanture en verre d’un magasin, l’image diffère de celle que notre entourage a de nous. Qu’en est-il au niveau mental ? Nous voyons nous tel que nous sommes vraiment ?

C’est dans le miroir de la relation que nous parvenons à prendre conscience instant après instant de ce que nous sommes vraiment. Comme il est parfois difficile de se regarder dans un miroir, il est pénible pour la plupart d’entre nous d’accepter ce que la relation dévoile de nous. Nous ne voyons pas « ce qui est » car nous ne sommes pas dans l’acceptation inconditionnelle de soi et des autres, nous jugeons, comparons etc. Voici ce qu’écrit la psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol dans son livre « Comment apprivoiser son crocodile » au sujet de la connaissance de soi : [Se connaître, ou se co-naître, c’est naître à soi. « Etre conscient, c’est cesser d’être inconscient et de se conduire comme un inconscient. » Tel est l’objectif des pages qui vont suivre : tendre à chacun un miroir grâce auquel, cessant de nous juger en bien ou en mal, en victimes ou en bourreaux, en normaux ou en anormaux, nous pourrons prendre en considération nos comportements, nos croyances, nos peurs et nos manques. Le miroir est une façon de rentrer en contact avec soi et de ne plus se fuir.]

Toute relation est un miroir dans lequel nous nous voyons tel que nous sommes. Malheureusement, nous ne nous l’acceptons pas et nous voulons modifier ce qui nous déplait. Nous souhaitons correspondre à l’image que nous avons de nous en tentant constamment de perfectionner notre « moi ». En procédant de la sorte, nous passons à côté de nous-même. Voici ce qu’écrivent à ce sujet le médecin psychiatre François Balta et Jean-Louis Muller, responsable de l’offre « Stratégie et pilotage » à la Cegos dans leur ouvrage « La systémique avec les mots de tous les jours » : [Nous sommes tous des miroirs déformants certes, mais miroirs quand même, les uns pour les autres. Et si quelqu’un nous renvoie une image non conforme à notre opinion, nous ferons ce que nous pourrons pour prouver que, finalement, nous savons mieux que lui ce que nous sommes et ce que nous valons.]

Ici se pose la question fondamentale de la nature du moi : « Qui suis-je ? ». Dans son livre « La psychanalyse expliquée aux managers » le psychanalyste, coach et superviseur Roland Brunner écrit à ce sujet : [« Qui suis-je ? » c’est la question du moi qui est posée ici. Le moi, c’est ce que nous croyons être, c’est la représentation que nous avons de nous-mêmes, c’est notre miroir intérieur. Instance imaginaire, notre moi est une illusion, un masque de théâtre, où l’on se prend pour ce qu’on croit être…]

Cette fameuse question : « Qui suis-je ? » laisse apparaitre la notion d’identité individuelle. Nous sommes le résultat d’une ribambelle d’imitations. Ce processus d’imitation commence dès notre plus jeune âge. Nous imitons nos parents, nos frères, nos sœurs, nos grands-parents, nos amis, nos professeurs, les religieux, les hommes politiques, etc. Nous sommes l’histoire de notre civilisation. A ce sujet la psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol écrit dans son ouvrage « Comment apprivoiser son crocodile » : [S’identifier, c’est être capable d’associer à notre nom nos « qualités » et propriétés essentielles, homme, femme, avec un statut social, avec un « bilan » à notre actif qui nous caractérise. C’est aussi appartenir à un groupe, une famille, un couple, une équipe qui nous reconnaissent et dans lesquels nous avons une place, une fonction. C’est notre relation à nous-mêmes et à l’autre. L’identité résonne avec l’éternelle question : « Qui suis-je ? »]

 

(1) karaté-do : kara signifie le vide, plus précisément la vacuité au sens bouddhique du terme et te la main. Do signifiant la voie, karaté-do peut être traduit par « la voie de la main et du vide ».

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