La persévérance

3 Nov 2016 | | 3 comments

J’ai utilisé à plusieurs reprises, six fois pour être précis, le mot « persévérance » dans mon article sur « l’optimisme ». J’ai conclu ce précédent papier en affirmant, entre autres choses, que « l’optimisme nous permet de mobiliser l’énergie nécessaire à l’atteinte de l’objectif fixé » et que « la persévérance et une bonne estime de soi comptent également dans l’obtention des résultats escomptés ». L’optimisme, la persévérance et une bonne estime de soi mènent ainsi au succès. Nous en savons plus sur l’optimisme mais qu’est-ce que la persévérance ? Le dictionnaire « Larousse » donne deux définitions distinctes de ce mot :

[1. Demeurer ferme et constant dans un sentiment, une résolution ;

2. Durer longtemps, en dépit de tout.]

La première définition du mot « persévérance » fait en premier référence au sentiment. Qu’est-ce qu’un sentiment ? Dans le livre « La magie des émotions », la psychologue clinicienne Elisabeth Couzon et la consultante et psychothérapeute Françoise Dorn définissent le sentiment de la façon suivante : [Le Petit Robert décrit le sentiment comme un « état affectif assez stable et durable lié à des représentations mentales ». Alors que l’émotion est de courte durée, passe par le corps et est caractérisé par son intensité, le sentiment est durable et stable. Alors que l’émotion est une information transmise par le corps, le sentiment est une construction mentale qui passe par la pensée. Après avoir ressenti une émotion, on ressent au fond de soi un sentiment qui lui est associé.] Afin d’illustrer les propos des deux auteurs, je prendrais le cas de l’« optimisme » qui est, comme indiqué dans l’article sur le thème de l’optimisme, une émotion joyeuse. Un enchaînement d’émotions joyeuses nourrit le sentiment de bonheur et le désir d’être durablement heureux.

Cette première définition du mot « persévérance » fait également référence à la notion de résolution. Le dictionnaire « Larousse » donne trois définitions distinctes du mot résolution :

[1. Action de résoudre un problème, une difficulté ;

2. Acte par lequel, après réflexion, on décide volontairement d’accomplir quelque chose, comme par exemple prendre la résolution de ne plus boire ;

3. Attitude, disposition d’esprit, qualité de quelqu’un qui ne se laisse pas détourner de ses entreprises.] Le processus de coaching va dans le sens de la première définition du mot résolution. Le consultant, coach et formateur en coaching Vincent LENHARDT et le coach et conférencier Laurent BURATTI indiquent dans leur ouvrage intitulé « Découvrir le coaching » que le processus de coaching est un cycle d’accompagnement composé de plusieurs phases allant de « la définition de l’objectif » à « l’évaluation » en passant par « le passage à l’action ». Passer à l’action n’est pas chose facile, surtout aujourd’hui à l’époque des réseaux sociaux, espaces virtuels où tout à chacun peut donner son avis à longueur de journée dans un esprit d’« il y a qu’à faut qu’on ». Le plus difficile est de persister dans ses choix. Afin que les décisions que nous prenons dans le but d’obtenir des résultats ne deviennent pas des résolutions de premier de l’an (confère la deuxième définition du mot résolution), nous devons dans les options que nous avons retenues faire preuve d’acharnement, d’énergie, d’attachement, de constance, de continuation, de continuité, de courage, d’endurance, d’entêtement, de fermeté, de fixité, d’insistance, de longanimité, d’obstination, d’opiniâtreté, de patience, de persistance, de poursuite, de ténacité, de volonté et d’esprit de suite, en un mot : « de persévérance ». Mes propos illustrent la deuxième définition du mot « persévérance ». Je note une ressemblance dans cette seconde définition du mot « persévérance » et la troisième définition du mot « résolution ».

On retrouve dans la problématique spécifique de « la gestion du temps » des similitudes avec le processus de coaching. Voici ce qu’écrivent à ce sujet le coach et psychologue clinicien Patrick Amar et la psychologue clinicienne Silvia André, dans leur livre « J’arrête de… stresser ! » : [Savoir gérer son temps consiste à planifier et anticiper le temps passé dans différentes activités de façon efficace et productive, en respectant un équilibre satisfaisant entres ses investissements personnels et professionnels. Le processus pour parvenir à une bonne gestion du temps peut passer par les quatre étapes suivantes :

  • Etape 1 : prendre conscience du problème et clarifier ce qui est important pour vous ;
  • Etape 2 : formuler des objectifs spécifiques ;
  • Etape 3 : passer à l’action ;
  • Etape 4 : persévérer et surmonter les obstacles.]

Passer à l’action et persévérer sont des phases plus ou moins facile à mettre en œuvre selon les personnes. Nous avons vu, dans l’article sur l’optimisme, qu’une bonne estime de soi avait une influence sur l’atteinte des objectifs personnels. Les psychiatres et psychothérapeutes Christophe André et François Lelord indiquent dans leur livre intitulé « L’estime de soi » que les personnes qui ont une haute estime de soi sont capables de persévérer dans leurs décisions personnelles malgré les difficultés. Ils sont sûrs d’eux au quotidien. L’amour de soi, la vision de soi et la confiance en soi sont interdépendants et forment les piliers de l’estime de soi. Les deux auteurs précisent à ce sujet : [L’amour de soi (se respecter quoi qu’il advienne, écouter ses besoins et ses aspirations) facilite incontestablement une vision positive de soi (croire en ses capacités, se projeter dans l’avenir) qui, à son tour, influence favorablement la confiance en soi (agir sans crainte excessive de l’échec et du jugement d’autrui).] La confiance en soi trouve ses origines dans l’apprentissage des règles de l’action : oser, persévérer et accepter les échecs. Le docteur en psychologie et journaliste Daniel Goleman écrit à ce sujet dans le tome 1 de son livre « L’intelligence émotionnelle » : [Ce qui semble distinguer les membres du peloton de tête de ceux qui possèdent des dispositions en gros équivalentes, c’est leur capacité à persévérer pendant des années et depuis leur plus jeune âge dans une pratique systématique et difficile. Et cette ténacité repose avant tout sur certains traits psychologiques : l’enthousiasme et la persévérance face aux déconvenues.]

Qu’est-ce qui nous pousse à persévérer malgré les échecs rencontrés ? Le psychothérapeute et écrivain américain Nathaniel Branden indique dans son livre intitulé « L’estime de soi » : [En persévérant, nous tendons à réussir plus souvent qu’à échouer, ce qui confirme et renforce ainsi le sens de notre efficacité.] Cette phrase me fait penser à l’intervention de Frédéric Demarquet, coach, hypno-praticien et formateur à propos du trio composé de « l’estime de soi », de « l’affirmation de soi » et de « la confiance en soi », notion qu’il a évoqué lors du module de formation de l’université Paris 8 sur « l’assertivité (1) » : [L’estime de soi est liée à l’« être » et à l’identité. L’affirmation de soi est liée au « faire », à l’action et aux réalisations. La confiance en soi est liée à « l’avoir », aux résultats et aux bénéfices. En premier apparait l’estime de soi qui est un jugement de valeur sur soi. Ensuite vient l’affirmation de soi qui permet d’oser dire et oser faire. Enfin, se construit la confiance en soi qui est le résultat d’actions réussies.] Ce trio en interaction crée ainsi un cercle vertueux.

D’après Frédéric Demarquet, il se cache derrière l’assertivité la recherche de trois besoins fondamentaux : le besoin d’être aimé (estime), le besoin d’être reconnu (affirmation) et le besoin d’être humainement compétent (d’être en confiance). Nos besoins sont à l’origine de notre motivation. C’est par la satisfaction du besoin qu’on est motivé pour aller vers quelque chose. L’absence de satisfaction entraîne la frustration, le manque et donc des émotions. Dans le tome 2 de son livre « L’intelligence émotionnelle », le docteur en psychologie et journaliste Daniel Goleman, donne au mot « motivation » la définition suivante : [Utiliser nos envies les plus profondes comme une boussole qui nous guide vers nos objectifs, nous aide à prendre des initiatives, à optimiser notre efficacité et à persévérer malgré déconvenues et frustrations.] Dans le Tome 1 de son livre, Daniel Goleman explique que la faculté de canaliser ses émotions pour obtenir des résultats est une qualité essentielle. Il écrit à ce sujet : [Qu’il s’agisse de dominer ses pulsions ou de retarder la satisfaction de ses désirs, de contrôler son humeur afin de faciliter la pensée au lieu de l’entraver, de se motiver à persévérer sans se laisser décourager par les échecs, de réussir à atteindre l’état de fluidité et d’être plus efficace, tout cela souligne le pouvoir des émotions de nous guider dans ce que nous entreprenons.]

A quoi servent les émotions ? Voilà ce qu’écrivent à ce sujet la psychologue clinicienne Elisabeth Couzon et la consultante et psychothérapeute Françoise Dorn dans leur livre « La magie des émotions » : [Dans cet ouvrage, nous vous proposons un nouveau regard sur les émotions, avec la conviction que les émotions rendent vivant et mettent en mouvement. Les émotions sont des messagères précieuses, interfaces entre le biologique et le psychologique, à mi-chemin entre le corps et la raison. Véritable système d’information, elles nous parlent de nos besoins, de nos manques et de nos systèmes de défense. Cris d’alarme sur soi, elles jouent un rôle précieux dans notre équilibre et notre santé. Elles sont les magiciennes qui nous orientent et identifient la direction à prendre.] Daniel Goleman écrit, quant à lui, dans le Tome 1 de son livre « L’intelligence émotionnelle » : [Lorsque les sociobiologistes cherchent à expliquer pourquoi l’évolution a conféré aux émotions un rôle de premier plan dans la psyché, ils soulignent la prééminence du cœur sur le mental. Nos émotions, disent–ils, nous aident à affronter des situations et des tâches trop importantes pour être confiées au seul intellect : le danger, les pertes douloureuses, la persévérance en dépit des déconvenues, la fondation d’un couple, la création d’une famille.]

Cependant, dans une volonté de ne pas perdre la face, la persévérance peut devenir de l’obstination. Christophe André et François Lelord écrivent dans leur livre « L’estime de soi » déjà cité précédemment : [On a pu montrer que les sujets à haute estime de soi persistaient parfois dans leurs efforts, même quand ceux-ci étaient non productifs, et en dépit des conseils qui leur étaient dispensés. Deux conditions à cela : il suffit qu’ils soient personnellement investis dans l’atteinte de l’objectif (ils ne s’acharneront pas pour un but dans lequel ils n’ont pas placé leur estime de soi) et qu’ils soient a priori persuadés qu’une solution existe.] L’Ecole de Palo Alto (2) a montré, entre autres choses, que les problèmes sont maintenus par les efforts engagés par les personnes concernées ou leur entourage. Voici ce qu’écrit le docteur en psychologie Françoise Kourilsky dans son livre « Du plaisir au désir de changer » : [En prêtant attention aux solutions déjà tentées, on constate que ce sont très souvent elles qui ont créé, maintenu et même exacerbé le problème. […]. Mais voilà, malgré l’échec d’une solution, souvent au lieu de la remettre en cause, nous avons tendance à nous obstiner à la réitérer, pensant qu’avec un peu plus de volonté et de persévérance, nous viendrons à bout de notre problème.] Il existe également d’autres cas de figures où la persévérance peut devenir de l’obstination. Dans leur ouvrage intitulé « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » les chercheurs en psychologie sociale Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois évoquent trois types de phénomènes. En premier lieu, les deux auteurs parlent de ce qu’ils nomment « la dépense gâchée » : [Le phénomène de la dépense gâchée apparaît chaque fois qu’un individu reste sur une stratégie, ou sur une ligne de conduite, dans laquelle il a préalablement investi (en argent, en temps, en énergie) au détriment d’autres stratégies, ou lignes de conduite, plus avantageuses.] Par exemple, une personne qui passe plus de temps à attendre un bus qu’il l’aurait fait en marchant d’un pas tranquille. Ensuite ils évoquent « l’escalade d’engagement » : [On a coutume, […], d’appeler escalade d’engagement cette tendance que manifestent les gens à « s’accrocher » à une décision initiale même lorsqu’elle est franchement remise en question par les faits.] Par exemple, la décision de regrouper les différentes activités au sein d’une même filiale qui ne parvient pas à dégager des bénéfices. Pour finir ils parlent du « piège abscons » : [Le piège abscons ne se distingue pas fondamentalement de la dépense gâchée, pas plus qu’il ne se distingue fondamentalement de l’escalade d’engagement. Il procède toujours de cette tendance qu’ont les gens à persévérer dans le cours d’une action, même lorsque celui-ci devient déraisonnablement coûteux ou ne permet plus d’atteindre les objectifs fixés.] Par exemple, le cas d’une personne qui peut perdre 400 euros afin d’essayer d’en gagner 200.

Persévérer demande un esprit de suite dans l’action malgré les déconvenues rencontrées. Nous devons cette capacité aux émotions. Elles nous guident dans ce que nous entreprenons, nous mettent en mouvement et nous orientent dans la direction à prendre.

(1) Etre assertif, c’est pouvoir :

  • Négocier pour obtenir ce que je veux sans léser les autres,
  • Renforcer mon autonomie et mon efficacité,
  • Assumer mes responsabilités,
  • M’exprimer face à un groupe,
  • Affirmer mes besoins, mes droits, mes sentiments,
  • Faire face aux conflits, à l’agressivité, aux critiques,
  • Dire non lorsque je l’estime nécessaire,
  • Formuler une critique constructive,
  • Déjouer les jeux psychologiques, les manipulations.

(2) Désigne un groupe d’hommes qui ont travaillé ensemble autour de théorie de la communication et de la relation entre individus. L’initiateur de ce travail et père de cette école est Grégory BATESON, zoologue, anthropologue et ethnologue. Approche thérapeutique systémique.

Posted in: Non définie

3 Responses

  1. Bonjour, très beau blog ! Superbe …
    Je vais mettre votre site Web dans mes favoris. Je suis heureuse d’y trouver de nombreuses informations utiles.
    Merci pour le partage.

    Margaux

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