L’optimisme

4 Oct 2016 | | 2 comments

En regardant une interview télévisée de l’acteur, réalisateur et producteur américain, Kevin Costner, j’ai appris qu’il a du, n’arrivant pas à convaincre suffisamment d’investisseurs, hypothéquer sa maison afin de terminer son film « Danse avec les loups », projet qui lui tenait vraiment à cœur. Dans les années 80, peu de professionnels du cinéma croyaient au succès d’un western et pourtant, ce film est devenu l’une des plus belles réussites du genre, pour preuve les 7 Oscars récoltés l’année de sa sortie en 1991. Je vous raconte cette anecdote car elle illustre pour moi parfaitement la notion d’« optimisme », le thème de ce nouvel article.

Dans le contexte économique et politique actuel, l’optimisme est de mise et le mot est souvent prononcé ici et là. Des conférences sur le sujet sont organisées à l’attention de différents publics : managers, étudiants d’écoles de commerce, parents d’élèves ou enseignants de l’éducation nationale, etc. Alors qu’est-ce que l’optimisme ? Le dictionnaire « Larousse » donne trois définitions distinctes du mot :

[1. Doctrine philosophique d’après laquelle le monde est bon et le bien y tient plus de place que le mal ;

2. Disposition d’esprit qui incline à prendre les choses du bon côté ;

3. Confiance dans l’issue favorable d’une situation.]

Dans son dictionnaire des synonymes et contraires, le linguiste Henri Bertaud du Chazaud, donne comme synonyme du mot « optimisme » : [insouciant] et comme contraire : [inquiet].

La première définition du « Larousse » me fait penser à l’approche humaniste, ma principale référence théorique en tant que coach. Afin de définir « l’approche humaniste », je me réfère aux écrits du professeur des universités Pierre Angel et du coach et psychologue clinicien Patrick Amar dans leur livre intitulé « Le coaching » : [L’approche humaniste voit l’humain en quête d’une plus grande réalisation de soi. Elle considère en particulier que son potentiel est insuffisamment exploité. Un des principaux représentants de cette approche est Carl Rogers pour qui la personne est fondamentalement bonne et tend vers son plein épanouissement.] Le psychologue américain Carl Rogers est l’une des plus grandes figures de la psychologie humaniste. Il est connu et reconnu pour avoir fondé une approche thérapeutique centrée sur la personne. Personnellement, je me définis comme un « coach humaniste ». Dans leur livre, « Les outils du coach », la spécialiste de l’accompagnement des organisations en crise psychosociale Florence Lamy et le coach de dirigeant et d’équipes de direction Michel Moral définissent le coach humaniste de la façon suivante : [Le coach humaniste a pour posture le duo écoute-bienveillance et pour outil principal de changement le déclenchement d’émotions. L’écoute est centrée sur la totalité de la personne du coaché, c’est-à-dire le verbal et le non-verbal et bien entendu à l’affût des émotions.] Pour certains auteurs comme Patrick Amar, déjà cité précédemment, et la psychologue clinicienne Silvia André, l’optimisme est une émotion. Voici ce qu’ils écrivent dans leur livre « J’arrête de… stresser ! » : [Plus largement, face à une situation donnée, nous traverserons potentiellement toute une gamme d’émotions entre l’optimisme et le découragement comme indiqué ci-dessous :

Optimisme – Enthousiasme – Emballement – Euphorie – Anxiété – Négation – Crainte – Désespoir – Panique – Capitulation – Découragement – Dépression – Espoir – Soulagement – Optimisme]. Dans le livre « La magie des émotions », la psychologue clinicienne Elisabeth Couzon et la consultante et psychothérapeute Françoise Dorn classent les émotions en trois catégories : les émotions primaires ou de base (joie, tristesse, colère, peur, surprise et dégoût), les émotions secondaires et les émotions sociales. D’après les deux auteurs, l’optimisme appartient aux émotions secondaires. Dans le même ouvrage elles font à ce sujet appel à une jolie métaphore : [Si la joie était une couleur, les différentes nuances seraient : l’aisance, la gaieté, le plaisir, l’enthousiasme, l’optimisme, l’allégresse, l’excitation, la jubilation, l’euphorie et la sérénité.]

Revenons aux difficultés financières rencontrées par Kevin Cosner lorsqu’il a réalisé son film auquel peu de gens croyaient à l’époque et qui, malgré ces infortunes, est devenu un classique du genre. Le réalisateur avait de sérieuses raisons d’abandonner en cours de route son projet et cependant il ne l’a pas fait. Il a certainement cru en lui et aujourd’hui en voyant le résultat nous pouvons dire qu’il a eu raison de persévérer durant toutes ces années. Le docteur en psychologie et journaliste Daniel Goleman écrit à ce sujet dans le tome 1 de son livre « L’intelligence émotionnelle » : [L’optimisme, comme l’espérance, c’est la ferme conviction que, de façon générale et en dépit des revers et des déconvenues, les choses finissent par s’arranger. […] C’est la combinaison d’un talent raisonnable et de la ténacité qui est la clé du succès.] L’auteur ajoute dans le Tom 2 de son livre : [Le cousin germain de l’optimisme est l’espoir : c’est lui qui permet de mobiliser l’énergie nécessaire pour atteindre un but. C’est une puissance de motivation fondamentale dont l’absence est paralysante.]

La première question que je me pose est : « Qu’est-ce qui fait qu’une personne persévère là où une autre abandonne ? » Une autre question me vient immédiatement à l’esprit : « Qu’est-ce qui distingue la persévérance de l’obstination ? » La persévérance a pour moi une connotation positive alors que l’obstination me fait plutôt penser à l’échec. Lorsque nous faisons le choix de nous investir dans un projet nous ne sommes pas certains de réussir. Seuls les résultats obtenus nous dirons si nous avons eu raison de persévérer ou bien tort de nous obstiner. Ceci me fait penser à l’intervention d’Odile Bernhardt, coach en entreprise et coach personnel à propos du choix, notion qu’elle a évoqué lors du module de formation de l’université Paris 8 sur « la prise de décision » : [Il n’y a pas de « bon » choix. Il y a un choix. On sait après, avec le temps, si c’est un bon choix ou un mauvais choix.] Concernant ma première interrogation, j’ai trouvé une réponse dans le livre « L’estime de soi » des psychiatres et psychothérapeutes Christophe André et François Lelord : [Pour atteindre des objectifs personnels, il vaut mieux avoir une bonne estime de soi. La persévérance n’est pas, en effet, la caractéristique des sujets à basse estime de soi, qui ont tendance à renoncer dès qu’ils rencontrent des difficultés ou qu’ils entendent un avis contraire au leur.] Une autre explication provient peut-être de l’engagement. Les chercheurs en psychologie sociale Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois l’expliquent très bien dans leur ouvrage « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » : [Ayant décidé, nous sommes liés à notre décision en quelque sorte, prisonnier d’elle. C’est la raison pour laquelle les décisions que l’on prend, ou que l’on parvient à nous faire prendre, nous engagent.] Il semblerait qu’en plus de l’engagement intervient la notion de degré d’engagement. Dans l’ouvrage « l’estime de soi » déjà cité précédemment, les deux auteurs écrivent à ce sujet : [Le niveau d’investissement personnel dans une décision compte énormément. Les sujets à haute estime de soi feront certes preuve de plus de persévérance dans les choix qui sont vraiment les leurs – […] -, mais ils le seront moins dans les domaines qu’ils auront peu investis. Ils sont ainsi capables d’annuler un rendez-vous qui les ennuie, ou de revenir sur une parole donnée…

A l’inverse, les sujets à basse estime de soi persistent dans les choix qui leur ont été dictés par le conformisme social. […]. Une fois engagés dans ces « choix », ils ont du mal à décider d’arrêter ou de rompre. Nul masochisme là-dedans, mais une difficulté avec les processus décisionnels : les sujets à basse estime de soi, se sentent plus facilement et plus rapidement engagés par leurs actes. Leur tendance naturelle est donc de continuer, là où un autre, dont l’estime de soi est haute, dira : « Stop, j’arrête, ce n’est pas ce que je souhaite. »] L’enjeu peut également être un facteur influençant nos comportements. L’inventeur de l’Analyse Transactionnelle, le Docteur Eric Berne, utilise dans son livre « Que dites-vous après avoir dit bonjour ? » une métaphore pour illustrer sa théorie des scénarios (1). L’image à laquelle il a recours est celle du joueur de poker que je reprends ici à mon compte dans le but d’éclairer ma pensée : [Un même joueur va jouer d’une certaine façon pour des enjeux insignifiants, et d’une autre si l’on joue gros. Un grand joueur va perdre si l’on joue des haricots, et un petit joueur va s’affoler si les enjeux montent.]

A l’instar d’une montagne que l’on gravit pas à pas en parcourant les chemins sinueux, la réussite se construit petit à petit, comme l’indiquent les deux auteurs du livre « J’arrête de… stresser ! : [La réussite se construit petit à petit, en testant ce qui fonctionne bien pour vous et ce qui fonctionne moins bien, en avançant lentement et en vous préparant. La réussite demande du travail et de la persévérance car, au fond, elle est la somme de tout petits efforts, répétés jour après jour.]

L’optimisme est une composante essentielle des compétences émotionnelles, compétences de plus en plus recherchées par les entreprises auprès de leurs collaborateurs. Dans leur livre « La magie des émotions » cité précédemment, les auteurs Elisabeth Couzon et Françoise Dorn évoquent six compétences émotionnelles dont « l’équilibre et l’harmonie émotionnelle » qui permet, par rapport à soi-même : [De favoriser l’optimisme ; d’avoir confiance en soi ; de vivre dans l’autonomie ; la bonne gestion des obligations par rapport au plaisir ; la bonne gestion du stress.] Beau programme, cependant, j’attire l’attention sur les recommandations des différents acteurs influents de notre société, comme par exemple les médias, qui imposent au quotidien : d’être heureux, souriant, optimiste etc. Comme nous l’avons vu ci-dessus, l’optimisme est une émotion et comme toutes les émotions elle ne se décrète pas. Voici ce que disent à ce sujet les psychologues-psychothérapeutes Jean-Jacques Wittezaele et Teresa Garcia-Rivera dans leur ouvrage intitulé « A la recherche de l’école de Palo Alto » : [Le paradoxe le plus courant peut se résumer par la formule : « Sois spontané ! » et toutes ses variantes. […] Ce genre de paradoxes apparaît souvent dans des situations où la personne pense qu’elle devrait se sentir autrement qu’elle se sent ; les sentiments et les émotions étant spontanés, en essayant d’y apporter une solution volontaire nous sommes bien dans un paradoxe. ] Vouloir à tout prix adhérer aux normes sociétales en vigueur peut amener de la souffrance psychologique. Une conduite forcée peut générer de « la tristesse » ou bien encore de « l’inquiétude », des émotions non désirées qui sont respectivement les contraires de « la joie » et de « l’optimisme », les émotions recherchées initialement.

En résumé, l’optimisme est avant tout une émotion qui comme les autres émotions nous traversent par instants. L’optimisme est une déclinaison de la joie. L’optimisme ainsi que l’espoir nous permettent de mobiliser l’énergie nécessaire à l’atteinte de l’objectif fixé. La persévérance, une bonne estime de soi, un fort degré d’engagement ainsi qu’un réel enjeu sont également de mise afin d’obtenir les résultats escomptés. L’optimisme fait partie des compétences émotionnelles que les employeurs recherchent aujourd’hui chez leurs collaborateurs. Comme pour toutes les émotions, l’optimisme ne se décrète pas. Vouloir être optimiste dans le but de coller aux diktats de la société nous entraîne paradoxalement vers l’inquiétude qui est l’émotion contraire de l’optimisme.

 

(1) Scénario : Plan de vie reposant sur une décision faite dans l’enfance, renforcé par les parents, justifié par des événements ultérieurs, et culminant dans une alternative choisie.

Posted in: Non définie

2 Responses

  1. Cette fois-ci je dis :YES!!
    Je trouve que vous abordez avec pertinence un point essentiel à soulever dans la réalisation d’un projet, d’un objectif….. à travers les exemples et références cités vous pourriez apporter réponses ou suggestions aux personnes placées dans le questionnement ou s’engageant dans un travail personnel.
    Bel article…

    1. Je vous remercie pour votre message d’encouragement. Il me conforte dans ma démarche de rédacteur d’articles sur le coaching.
      A très bientôt pour un nouvel article tout aussi pertinent !

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