La posture « Méta »

13 Juin 2016 | | Laisser un commentaire

Depuis que j’exerce le métier de coach simultanément à mon activité bénévole de professeur de karaté-do (1), j’ai découvert une multitude de points communs à mes deux activités professionnelles. Le parallèle entre coaching et karaté-do fera l’objet d’un article que je publierai dans les prochains mois. En attendant, je souhaite vous parler tout particulièrement ici, de la plus importante similitude à mes yeux : la posture « Méta », celle que j’adopte en tant que coach et celle que j’emprunte lorsque j’enseigne le karaté-do.

« La posture est le premier « outil de travail » du coach » dit dans son livre « Au cœur de la relation d’aide » Vincent Lenhardt, Docteur en Psychologie clinique et précurseur du coaching en France. Il ajoute : [[…], la posture dite « Méta » (du grec meta, au-delà, d’un niveau supérieur), désigne le fait d’être à la fois « dans » la relation et en recul par rapport à celle-ci.] Cette posture permet d’avoir une vision globale de la relation. Lorsque je donne un cours de karaté-do je suis également dans une posture qui me permet d’avoir une vue d’ensemble de ce qui se passe dans le dojo (2). Il est assez tentant pour un professeur de karaté-do, de profiter des cours qu’il donne pour s’entraîner avec ses élèves. Personnellement, j’anime tous mes cours en me déplaçant dans la salle d’entraînement en indiquant les consignes et en corrigeant les positions et les techniques. Il m’arrive, bien sûr, de montrer ce que j’attends de mes élèves, (postions, techniques, timing, sensations, etc.). Cette façon d’enseigner me permet d’être en permanence en « connexion » avec le groupe et de contrôler ainsi la pertinence des exercices que je demande et d’ajuster si c’est nécessaire, le niveau de difficulté et le rythme.

Dans ma pratique du coaching je suis très attentif aux paroles de mon client mais également aux messages non-verbaux qu’il émet en séance. Comme l’expliquent Sylvianne Cannio et Viviane Launer deux maîtres-coachs certifiées par l’ICF (3) dans leur livre « Cas de coaching commentés » : [Le coach calibre constamment son client en analysant tant le message parlé que le langage du corps. A peine 7 % du message perçu par l’interlocuteur est constitué de mots, 38 % du message passe par la voix (tempo, rythme, volume, timbre) et 55 % par le non-verbal (posture, gestes, visage, respiration). Le coach scrute les émotions que ressent son client et en tient compte, lui laisse l’espace si nécessaire. Il écoute avec ses yeux.]

Dans un cours de karaté-do la communication verbale chez les élèves est pratiquement inexistante. Je suis le seul à parler pendant l’heure et quart que dure le cours. La méta-position que j’adopte lorsque j’enseigne le karaté-do me permet de percevoir les messages que me transmettent en permanence mes élèves à travers leurs expressions corporelles : posture, technique, traits du visage ainsi que l’intensité et le rythme de leur respiration. Ces informations perçues sont d’excellents indicateurs me permettant de réguler instantanément les interactions qui existent entre les élèves et moi. Je peux exiger plus d’eux, réduire le rythme, changer d’exercice ou demander à certaines personnes (les moins gradés par exemple) de s’asseoir.

A travers le non-verbal j’obtiens un retour, un feed-back de la part de mes élèves qui savent de cette façon me faire savoir dans quel état d’esprit et physique ils se trouvent et s’ils sont partants pour repousser, ici et maintenant, leurs limites. Les systémiciens parlent de « circularité » ou bien encore de « récursivité ». Qu’est-ce à dire ? Dans le livre « La systémique avec les mots de tous les jours » le médecin psychiatre François Balta et Jean-Louis Muller, responsable de l’offre « Stratégie et pilotage » à la Cegos, écrivent : [A partir du moment où l’on renonce à vouloir à tout prix fixer une origine « vraie » à la séquence d’interactions, il devient évident que deux feed-backs forment ensemble une boucle de circularité et que chaque élément de la circularité peut être considéré comme le feed-back de l’autre.]. Lorsque l’information reçue conforte l’émetteur à intensifier le mouvement déjà induit, on parle de « feed-back amplificateur » et quand le message reçu incite l’émetteur à « inverser la vapeur » on dit « feed-back stabilisateur ».

L’entretien de coaching et le cours de karaté-do sont deux activités très différentes. Cependant, dans les deux cas, je libère de l’espace afin que l’autre puisse prendre conscience et accepter ses émotions, son ressenti et ses sensations. Les deux activités sont extrêmement vivantes. Je les compare à une danse entre deux personnes. Les premiers pas sont hésitants, puis comme par magie, un phénomène de synchronisation se met en place tout naturellement. Lorsque vous dansez, vous êtes attentif aux pas de votre partenaire, vous ressentez de l’intérieur ses déplacements mais également les vôtres pour finir en ne faisant qu’un : le couple de danseurs harmonieux et gracieux qui évolue en pleine lumière au milieu de la piste.

 

(1) karaté-do : kara signifie le vide, plus précisément la vacuité au sens bouddhique du terme et te la main. Do signifiant la voie, karaté-do peut être traduit par « la voie de la main et du vide ».

(2) dojo : salle où se pratiquent les arts martiaux. Le terme dojo est un mot d’origine japonaise qui désigne par le caractère jo le lieu et par le caractère do la voie et donc par définition le lieu ou l’on étudie la voie.

(3) l’ICF : l’International Coach Federation

Posted in: Non définie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *