Kiten

4 Mar 2016 | | Laisser un commentaire

Je me souviens d’un stage de karaté-do (1) animé par Kazuhiro SAWADA sensei (2), instructeur international vivant en Belgique. Comme nous avons pour habitude de le faire dans notre école de karaté-do, nous avons travaillé un kata (3) dans la dernière partie du cours. A cette occasion, SAWADA sensei insista sur l’importance de l’embusen. Qu’est-ce-à-dire ?

Dans l’encyclopédie des arts martiaux de l’Extrême-Orient, Roland HABERSETZER, expert en arts martiaux et professeur d’histoire, définit l’embusen de la manière suivante : [Plan, ensemble des axes sur lesquels se déroulent les mouvements d’un kata de karaté.] SAWADA sensei attira particulièrement notre attention sur le fait que le point de départ et de retour du kata doivent absolument être les mêmes. Comme le précise R. HABERSETZER dans son encyclopédie :  [Le point de départ (Kiten), c’est-à-dire là où on salue (Rei) avant le début de la séquence, est aussi, en principe, dans les kata modernes, le point d’arrivée et de salut final, orienté dans la même direction. Cette convention n’existe pas toujours dans les kata anciens.] D’après SAWADA sensei, la nécessité de revenir au point de départ compte énormément pour la bonne exécution d’un kata. Il expliqua que cet impératif a une signification symbolique : le retour au point de départ signifie le retour à une situation sécurisée. Dans le but d’illustrer son propos, SAWADA sensei, fin pédagogue, raconta la métaphore suivante : « Lorsque vous quittez votre maison pour vous rendre au travail, vous rentrez le soir sous le toit que vous avez quitté le matin même. Ce toit qui vous protège, ainsi que toute votre famille, est un élément fondamental de la vie d’un être humain socialement intégré. »

Les propos de SAWADA sensei me font penser à la notion de besoins. Les maîtres praticiens en PNL (4) E. COUZON et F. DORN, expliquent dans leur livre « La magie des émotions » que nos besoins sont classés en différentes catégories par certains auteurs. Le psychologue américain Abraham MASLOW, établit une première catégorie de besoins qu’il appelle « les besoins physiques et de sécurité » représentant la base de la célèbre « pyramide de Maslow ». Cette première catégorie comporte des besoins comme manger, boire, dormir, avoir un logement… Elle conditionne la satisfaction des autres catégories de besoins formant cette pyramide. La seconde catégorie nommée « besoin d’appartenance, de relation d’amour et besoins psychologiques » comporte des besoins comme : avoir une famille, des enfants, aimer et être aimé, avoir du soutien… Vient ensuite le « besoin de croissance » constitué de besoins comme travailler, avoir une vie sociale, apprendre, transmettre, rire… Les deux dernières catégories concernent le « besoin d’estime de soi » et celui d’« accomplissement spirituel ».

Lorsque nous apercevons dans la rue une personne Sans Domicile Fixe nous prenons conscience de l’impérieuse nécessité pour tout être humain d’avoir un toit afin de s’accomplir dans une vie épanouissante. Lorsque tous ces besoins évoqués ne sont pas satisfaits apparaissent alors la colère, l’agressivité, la peur, la culpabilité, la tristesse, la frustration et voire même la dépression, émotions néfastes au développement personnel.

De nos jours les arts martiaux japonais sont un moyen de transmettre les valeurs humaines universelles. Les sensei japonais ont une disposition naturelle à expliquer le sens caché que revêt leur art. Derrière les techniques, les kata et le rituel du karaté-do se trouve le bouddhisme Zen qui a complètement pénétré la culture japonaise pour fusionner et ne faire qu’un avec elle. Zazen, la posture de méditation assise est un élément fondamental à la maîtrise du Zen. Cette méditation consiste à porter une attention précise sur la posture, la respiration et à l’apparition-disparition des pensées. Le professeur émérite à la Faculté de médecine de l’université du Massachusetts, Jon Kabat-Zinn, a adapté des pratiques méditatives bouddhistes dans un programme de réduction du stress appelé MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction). Il écrit dans son livre « Au cœur de la tourmente, la pleine conscience » : [Alors, quelle que soit la pratique dans laquelle vous choisissez de vous engager, consacrer du temps à méditer revient en fait à vous donner du temps pour « revenir à la maison », dans votre moi intime, à vous donner un temps de paix et de renouveau intérieurs.]

Abraham MASLOW a représenté l’échelle de nos besoins par une pyramide. Les maîtres de karaté-do ont symbolisé notre besoin fondamental de sécurité en décidant, lors d’une modernisation des kata, de les terminer systématiquement là où ils ont commencé. Ont-ils voulu « revenir à la maison », pour reprendre l’expression de J. Kabat-Zinn, dans le but de symboliser également le besoin de nous connecter à nos ressources intérieures afin de traverser les difficultés de l’existence ? Cette question me rappelle la définition succincte du coaching donnée par le coach Michel MORAL lors de son intervention au DESU de coaching Paris 8 : « Coacher c’est libérer le potentiel et contourner les obstacles ».

(1) karaté-do : kara signifie le vide, plus précisément la vacuité au sens bouddhique du terme et te la main. Do signifiant la voie, karaté-do peut être traduit par « la voie de la main et du vide ».

(2) sensei : dans les arts martiaux, le professeur, le maître.

(3) kata : suite de mouvements de karaté, soigneusement codifiée, toujours exécutée de la même manière et dans les mêmes directions.

(4) PNL : Programmation Neuro Linguistique

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