Les maîtres Zen seraient-ils aux origines du coaching ?

3 Fév 2016 | | 4 comments

En tant que professeur de karaté-do et administrateur du site Internet de l’association France JKA, je suis amené, de temps en temps, à publier des articles sur le thème « arts martiaux et Bouddhisme Zen ». La plupart des écrits ont été publiés à la fin des années 60 et au début des années 70 dans les différents numéros du mensuel « Budo magazine ». Il y a quelques mois, j’ai une nouvelle fois lu un article sur le Zen (Connaissance du Japon – Zen – janvier 1971) rédigé par Roland HABERSETZER, expert en arts martiaux et professeur d’histoire. J’ai perçu dans ce texte, un point commun entre la pratique du Zen et celle du coaching : « la prise de conscience ».

Les maîtres Zen utilisent différentes techniques dans le but de provoquer chez leurs élèves une prise de conscience appelée éveil spirituel, perception centrale ou encore satori en japonais. Un coach peut accompagner le changement chez son client en modifiant la représentation que le coaché a de la situation. Le psychologue humaniste Carl ROGERS, à l’origine de l’approche centrée sur la personne, évoque également « la prise de conscience » (Insight) dans son livre « la relation d’aide et la psychothérapie ». Il y définit « la prise de conscience » comme un nouveau mode de perception. J’ignore si « la prise de conscience » du Zen et celle évoquée par Carl ROGERS sont de même nature, mais cette appellation identique m’amène à me poser la question suivante : « Les maîtres Zen seraient-ils aux origines du coaching ? ».

J’ai regardé récemment une vidéo postée sur YouTube intitulée « Socrate Jacotot la maïeutique et le coaching »,  filmée par François DELIVRE, l’un des précurseurs du coaching en France. J’ai trouvé très intéressants ses propos que je vais maintenant vous résumer.

Afin de définir les origines du coaching, nous avons pris pour habitude de dire que SOCRATE est le père de la démarche maïeutique d’« accoucher les esprits ». La maïeutique est l’art de faire accoucher une personne de ses propres idées et de l’inciter à penser et à prendre des décisions par lui-même. François DELIVRE explique dans cette vidéo qu’il existe plusieurs points communs entre la démarche socratique, la manière révolutionnaire d’enseigner du pédagogue Français Joseph JACOTOT (1770-1840) et le coaching.

Le premier point commun est la croyance qu’une personne peut aider une autre à trouver elle-même sa propre solution à la condition que sa démarche soit volontaire, ce qui constitue d’ailleurs à ses yeux une limite. En se plaçant au niveau du processus il existe quatre autres points communs qui sont :

  1. Montrer à l’autre que l’on ne sait pas à sa place ;
  2. Rester maître du cadre ;
  3. Se donner le droit et le devoir de confronter son interlocuteur ;
  4. Exercer une saine autorité et l’assumer.

SOCRATE feint dans un premier temps de ne pas savoir, c’est « l’ironie socratique ». Cette technique peut-être comparée à ce que l’on appelle en coaching : « la posture ». Nommée également « position basse », elle consiste pour le coach à montrer au coaché qu’il ne sait pas à sa place et qu’il ne veut rien pour son client, explique Vincent LENHARDT, dans son livre « Découvrir le coaching » : [Le coach, lui, ne sait pas pour l’autre, ni n’agit à la place de l’autre, tout comme l’entraîneur ne joue pas ou ne concourt pas à la place du champion.]

Ensuite, Socrate s’attache à rester constamment mettre du processus. En coaching, le coach est garant du cadre et il maintient sur le processus de coaching, une position qualifiée de « haute ».

En dernier lieu, Socrate méta communique de temps en temps avec son interlocuteur, c’est-à-dire qu’il communique sur la manière de communiquer. Le coach est également amené à utiliser « la métacommunication », par exemple pour déjouer une tentative de manipulation de la part du coaché (confère le triangle de la relation dramatique de KARPMAN).

Cependant il apparaît un point de divergence fondamental entre le coaching et la façon de procéder de SOCRATE qui cherche à faire prendre conscience à son interlocuteur de son ignorance d’une manière pas toujours tendre. Le coach, quant à lui, ne peut pas agir de la sorte car son métier lui impose, au sens de la bienveillance, l’accueil des propos du coaché afin que ce dernier trouve librement sa propre solution. Comme SOCRATE, les maîtres Zen ne sont pas toujours tendres avec leurs élèves comme l’indique le professeur D.T SUZUKI dans son livre « Introduction au Bouddhisme Zen » : [Pour atteindre ce moi intérieur et parvenir à u une authentique connaissance de soi-même, les maîtres du Zen ont parfois recours à des méthodes qui peuvent sembler inhumaines, ou à tout le moins, pas très gentilles.]

Pour illustrer ses propos, D.T SUZUKI raconte dans le même ouvrage l’histoire suivante : [Hyakoujo (Paï-tchang) sortit un jour pour accompagner son maitre Baso (Ma-tsou). Un groupe d’oies sauvages volait dans le ciel et Baso demanda :

  • « Qu’est-ce ? »
  • Ce sont des oies sauvages, Maître.
  • « Vers où volent-elles ? »
  • Elles ont disparu, Maître.

Baso saisit brusquement le nez de Hyakoujo et le tordit. Vaincu par la douleur, Hyakoujo s’écria : Oh ! oh, là-là !

« Tu dis qu’elles ont disparu, dit Baso, mais tout de même elles sont ici depuis le tout commencement. »

Cela fit couler une sueur froide dans le dos de Hyakoujo : il avait le satori.]

Les techniques employées par les maîtres Zen me semblent avoir quelques points communs avec ceux mis en évidence par François DELIVRE dans sa vidéo. J’ai donc décidé, ici, d’entreprendre une réflexion sur le Zen et le coaching au niveau du processus.

Comme évoqué au début de cet article, le but du Zen est d’atteindre, grâce à l’utilisation d’un certain nombre de techniques, une illumination intuitive. Les outils du maître Zen visent donc à ouvrir l’esprit de l’adepte à la vérité du Zen. Deux de ces instruments, les « kôan » et les « mondo », sont utilisés par le maître Zen pour provoquer l’étincelle qui précipite la prise de conscience Zen chez l’élève qui trouve ainsi mystérieusement et soudainement, des réponses émanant de son inconscient le plus profond. Il est évident que le but de la pratique Zen n’a rien de commun avec celui du coaching mais je trouve qu’il existe des similitudes dans le processus de coaching et certains outils utilisés par les maîtres Zen.

Le « mondo » (littéralement : demande et réponse) est un système de questions et de réponses, de dialogue entre le maître et l’élève. En tant que pratiquant d’arts martiaux j’affectionne tout particulièrement le dialogue suivant intitulé « Les portes du paradis » :

[Un soldat nommé Nobushige vint trouver Hakuin et lui demanda :

  • « Y a-t-il vraiment un paradis et un enfer ? »
  • « Qui es-tu ? » interrogea Hakuin.
  • « Je suis un samourai », répliqua le guerrier.
  • « Toi, un soldat », s’écria Hakuin. « Quel ministre voudrait de toi comme garde ? Ton visage est celui d’un mendiant ! »

Nobushige, furieux, tira son sabre, mais Hakuin poursuivit :

  • « Tu as donc un sabre ? Ton arme est sans doute beaucoup trop faible pour me trancher la tête ! »

Comme Nabushige levait son sabre, Hakuin dit :

  • « Ici s’ouvrent les portes de l’enfer ! »

A ces mots, le samourai, impressionné par le sang-froid du maître, remit son arme à la ceinture et s’inclina.

  • « Ici s’ouvrent les portes du paradis », dit Hakuin.]

Le « kôan » (littéralement : document officiel ou ordonnance qui fait autorité) est souvent une question qui n’attend pas de réponse logique comme, par exemple : « Tu frappes des mains. Quel est le son rendu par une seule main ? ». Le Docteur en Psychologie F. KOURILSKY écrit dans son livre « Du désir au plaisir de changer » : [Le kôan n’est pas une énigme car ce n’est pas l’intelligence rationnelle qui le résout ; sa résolution passe par un brusque changement inconscient de niveau de compréhension.] Dans son ouvrage « Introduction au Bouddhisme Zen », le professeur D.T SUZUKI écrit quant à lui : [Le kô-an n’est pas une énigme, non plus qu’un trait d’esprit. Il a le projet extrêmement précis de faire naître le doute, jusque dans ses limites les plus reculées.] Le « kôan » est-il un moyen à la disposition du maître Zen afin d’aider l’adepte Zen à changer sa perception des choses ? Nous dirions en coaching : « un outil de recadrage ».

Dans les faits, le maître Zen n’enseigne rien, il guide l’élève afin que ce dernier découvre les choses par lui-même. Voilà ce qu’écrit le professeur D.T SUZUKI dans son livre « Introduction au Bouddhisme Zen » : [Si l’on me demandait ce que le Zen enseigne, je répondrais qu’il n’enseigne rien. Quels que soient les enseignements du Zen, ils proviennent en effet de notre propre esprit. Nous nous enseignons à nous-mêmes, le Zen ne fait que nous montrer la voie.] François DELIVRE explique dans sa vidéo que Joseph JACOTOT a prouvé que quelqu’un peut apprendre de lui-même sans qu’il y ait transfert de savoir. Pour cela, il suffit au professeur d’exercer une forte autorité sur la façon d’apprendre de l’étudiant. Il en va de même dans le processus de coaching. Le coach ne donne pas de conseils, il accompagne son client sur le chemin du changement. Dans son ouvrage « Le guide du coaching », le consultant en entreprise et ancien sportif de haut niveau, John WHITMORE définit le coaching en ces termes : [Le but du travail d’entraînement est de libérer le potentiel pour le porter à son niveau de performance optimal. Il s’agit (pour le coaché) d’apprendre par lui-même, plutôt que de lui faire ingurgiter un savoir extérieur.]

La vie austère menée par l’adepte du Zen laisse imaginer qu’il est volontaire dans sa démarche. Reprenons les quatre autres points communs entre la démarche socratique, la manière révolutionnaire d’enseigner de JACOTOT et le coaching :

  1. Montrer à l’autre que l’on ne sait pas à sa place ;
  2. Rester maître du cadre ;
  3. Se donner le droit et le devoir de confronter son interlocuteur ;
  4. Exercer une saine autorité et l’assumer.

Je trouve que trois des quatre points cités ci-dessus par François DELIVRE sont également communs aux techniques du Zen :

  1. L’utilisation des « mondo » et des « koan » donne également la possibilité au maître Zen de montrer à son élève qu’il ne sait pas à sa place, car il ne fait qu’instaurer un jeu de questions-réponses ;
  2. Dans le « mondo » raconté ci-dessus, Hakuin le maître, reste garant du cadre. Entre nous, c’est préférable pour lui car il va jusqu’à mettre sa vie en danger dans le but que Nobushige découvre par lui-même l’existence du paradis et de l’enfer ;
  3. Les outils qu’utilise le maître Zen lui permettent de confronter l’élève et en allant parfois très loin, comme nous avons pu le constater dans la petite histoire ci-dessus.

Cependant, il apparaît un point de divergence fondamental concernant l’autorité du maître Zen et celle du coach. Le maître Zen possède une autorité qui émane en grande partie de la certification qu’il a obtenu de son maître. Le professeur D.T SUZUKI écrit dans son livre « Introduction au Bouddhisme Zen » : [Le maître Zen transmet le bonheur de la compréhension qu’il a lui-même atteint par une connaissance approfondie du Zen.] L’autorité du coach est différente dans le sens qu’elle se situe dans la parité. Elle se trouve dans la compétence relationnelle et non pas dans une relation déséquilibrée entre le maître et le disciple.

Les points communs entre ces différents processus m’amènent à dire que le Bouddhisme Zen a également le droit de cité dans les origines du coaching. Pour la petite histoire, SOCRATE a vécu au 5ème siècle avant Jésus Christ et au même moment le Zen a trouvé sa source, il y a 2 500 ans, dans « l’illumination » de Shakyamuni BOUDDHA.

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4 Responses

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