Maîtrise de soi et autres vertus

3 Nov 2018 | | Laisser un commentaire

Pour le dictionnaire Larousse, le mot vertu signifie au sens littéraire « conduite morale ». Est-ce de la morale sociale dont il s’agit ? Si c’est le cas, au vu de cette prétendue moralité que la société nous impose, permettez-moi de douter de l’authenticité de cette vertu que certains d’entre nous n’hésitent pas à afficher en modèle.

Le même dictionnaire donne une autre définition de la vertu : [Disposition particulière pour tel devoir, telle bonne action : La vertu de modestie.] Notre sens moral personnel nous permet, dans l’ensemble, de mener une vie harmonieuse et équilibrée. Dans nos relations et face aux événements de la vie, nos comportements nous procurent le plus souvent satisfaction et épanouissement. Pour autant, ces stratégies ne comblent pas et ne donnent pas un sens à notre existence. La psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol écrit dans son livre « Comment apprivoiser son crocodile » : [Le sens, l’harmonie de l’être sont des vertus très pressantes et encombrantes dès lors qu’elles sont vécues dans la peur d’exister.] Animé par un instinct d’autodéfense, l’ego ruse et cultive la vertu afin de ne pas s’interroger sur sa véritable nature. Ainsi, pris au piège de la routine, l’esprit s’alourdie et perd de sa clairvoyance.

Se montrer gentil, généreux, reconnaissant, etc. augmente notre estime de soi. La gentillesse est considérée comme une vertu car, comme s’interroge le médecin psychiatre Christophe André dans son livre « imparfait, libres et heureux » : [Que serait le monde sans les personnes gentilles ? Un endroit pénible !].

La générosité est également estimée comme une vertu : celle du don. Donner plus que ce que l’autre attendrait, sans rien espérer en retour.

La gratitude est perçue comme une vertu particulièrement bénéfique à l’estime de soi car elle augmente le sentiment d’appartenance qui à son tour consolide l’estime de soi.

Depuis la nuit des temps, religions et philosophies n’ont cesse de nous enseigner que l’estime de soi reposant sur des facteurs externes comme l’argent, le statut social ou le physique est bien plus friable que celle obtenue à partir du développement des vertus nous habitant.

L’humilité et la modestie sont synonymes. L’humilité est une vertu religieuse car, comme l’indiquent les psychiatres et psychothérapeutes Christophe André et François Lelord dans leur livre intitulé « L’estime de soi » : [Pour les croyants, l’humilité est d’abord une des conditions nécessaires pour se rapprocher de Dieu.]. Pour les deux auteurs, la modestie a plutôt une connotation laïque. Elle a toujours été considérée dans nos sociétés comme une vertu : [C’est qu’elle (la modestie) joue un rôle social de premier plan, poussant à la réserve et à l’altruisme, à servir la collectivité plutôt que ses seuls intérêts.].

Je souhaite vous parler ici d’une vertu qui me tient particulièrement à cœur en tant que karateka (1) : la maîtrise de soi. Dans le tome 1 de son livre « L’intelligence émotionnelle », le docteur en psychologie et journaliste Daniel Goleman, définit la maîtrise de soi comme l’aptitude à adapter et contrôler, émotions et réactions aux circonstances rencontrées. En situation d’urgence, l’émotion est d’une efficacité redoutable. Elle commande le corps de façon automatique, sans passer par le cerveau frontal (cortex). Dans certaines situations, la fraction de seconde gagnée, représente l’intervalle séparant la vie de la mort. Dans l’urgence émotionnelle nous ne sommes plus maîtres de nous-mêmes. Pour remédier à cet état de fait, nous devons, par le truchement de la volonté, contrôler nos émotions par la raison. Cette maîtrise de l’esprit sur le corps confère à l’action une notion de justesse et d’efficacité.

Au départ arts de la guerre, les arts martiaux sont aujourd’hui une voie de développement personnel physique et spirituel, un véritable mode de vie. Une pratique sincère confère à l’esprit sérénité, confiance et maitrise de soi. A l’instar de la méditation Zen, l’entraînement aux arts martiaux permet de devenir fort et sage à la fois. Le iaido, l’aikido, le kendo, le kyudo et le judo sont des arts martiaux, budo en japonais, pratiqués en tant que voie de perfectionnement de l’homme en quête de lui-même.

Le karatedo est, au même titre que la voie du dégainé du sabre, iaido en japonais, représentatif de l’orientation spirituelle des arts classiques du budo. Kara signifie le vide et te la main. Do signifiant la voie, karatedo peut être traduit par « la voie de la main et du vide ». La main vide de toute arme et aussi la main vide de toute mauvaise intention.

Le iaido est l’art de pourfendre. Techniquement, il s’agit de tirer le sabre, katana en japonais, de son fourreau dans une explosion d’énergie avec la vitesse et la pureté d’un éclair, et de couper l’adversaire dans le même mouvement avant même que ce dernier n’ait pu concrétiser sa volonté d’attaque. La technique est donc toujours l’expression d’une réaction de défense, non d’une volonté d’attaque. De nos jours, les pratiquants d’arts martiaux ne cherchent plus à pourfendre leur adversaire mais bel et bien à se débarrasser de leur petit moi dans une recherche de pureté du mental, à l’instar de la méditation Zen.

Se vaincre soi-même consiste à dissiper sa peur et à s’émanciper de tous ce qui caractérise l’ego : l’orgueil, la haine, la mesquinerie, etc. Albert Einstein écrit à ce sujet : « Ce qui fait la vraie valeur d’un être humain, c’est de s’être délivré de son petit moi. ». En fait, se vaincre soi-même veut dire « mieux se connaître ». La connaissance de soi améliore la capacité d’apprentissage, la faculté d’adaptation et la capacité à ressentir et gérer ses émotions, qualités qui distinguent l’être humain des autres espèces animales.

La méditation Zen et la pratique d’un art martial sont deux manières différentes parmi d’autres d’atteindre la connaissance de soi. Cette dernière consiste simplement à prendre conscience de la véritable nature du « moi » qui n’est autre qu’un ramassis de souvenirs et d’expériences. De cette connaissance complète de soi surgit la véritable vertu, celle qui émerge d’instant en instant, libre de tous conditionnements.

 

 

 

(1) karateka : personne qui pratique le karatedo.

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