Le bonheur, mythe ou réalité ?

2 Juin 2018 | | Laisser un commentaire

A l’instar de la perfection, le bonheur absolu est peut-être une utopie, un concept purement humain n’ayant rien à voir avec la réalité. A en croire le naturaliste et paléontologue Charles Darwin, la perfection n’est pas de ce monde et tant mieux pour la vie sur terre. Selon le célèbre scientifique anglais, il apparaît à chaque génération d’infimes différences permettant à certains membres d’une même espèce de s’adapter, ou pas, au milieu changeant dans lequel ils vivent. Dire que « seuls les animaux les mieux adaptés à leur environnement survivent » résume bien la théorie de l’origine des espèces de Darwin.

Viser la perfection ou le bonheur total entraîne une série de déconvenues et de déboires qui finissent par nous rendre malheureux. Comme l’écrit le psychothérapeute et théoricien de la communication, Paul Watzlawick dans son livre intitulé « Comment réussir à échouer » : [La poursuite du plus haut idéal, quel que soit le nom qu’on lui donne – sécurité, patriotisme, paix, liberté, bonheur, etc. -, est une ultrasolution, une force qui – pour parodier Goethe – cherche toujours le bien et crée toujours le mal.].

Nous sommes éduqués à nous fixer des objectifs dans la vie. Dés notre plus jeune âge, l’école nous pousse à obtenir d’excellentes notes dans le but de suivre de longues études conduisant au métier de chirurgien, de juge ou d’astronaute. Nous sommes nombreux à faire de la réussite professionnelle et sociale un idéal vers lequel nous tendons en permanence, conditionnement oblige.

Que nous soyons peu ou prou ambitieux, notre quête d’argent et de prestige est une source de plaisir. Dès lors, la consommation à outrance, signe extérieur de réussite sociale, devient une obligation. Avoir une situation confortable, une situation prestigieuse, gagner de l’argent, beaucoup d’argent, sont des leitmotivs émanant des hommes politiques et de diverses organisations et relayés à longueur de journée par différents médias. Ce schéma de pensée finit par influencer notre perception de la réalité ainsi que notre relation au monde et à nous même. « Soyez heureux ! » clament en permanence les magazines remplis d’images de gens débordants de bonheur. Tous ces messages finissent par ternir notre bonheur.

Tout un lot d’émotions, parfois contradictoires comme la joie et la tristesse, accompagnent au quotidien nos pensées. L’idéal fixé représente pour nous le bonheur total. Nous vivons en permanence dans l’espoir d’atteindre notre but. Prenons garde cependant à ne pas mettre la barre trop haut. Cheminer vers l’objectif n’est pas toujours aisé. Le parcourt est jonché de succès en demi-teinte, de souffrance et d’échecs qui deviennent des problèmes entravant notre accès au bonheur. Voici ce qu’écrit à ce sujet le docteur en psychologie Françoise Kourilsky dans son livre « Du désir au plaisir de changer » : [L’échec et le désespoir sont assurés si l’on s’acharne à atteindre des objectifs inaccessibles.] Intransigeants avec eux-mêmes malgré leur réussite, les perfectionnistes sont encore plus exposés que les autres au phénomène.

Selon Martin Seligman, psychologue et président de l’association américaine de psychologie, le sens, le plaisir et l’engagement définissent le bonheur. Nous venons de voir dans le précédent paragraphe que notre quête de prestige nous procure du plaisir. L’un des principaux buts que poursuit l’être humain dans son existence est la recherche de plaisir et de satisfaction. Nous sommes tous à la recherche du plaisir sous différentes formes : intellectuelle, physique et matériel ou encore culturelle. Tal Ben-Shahar, enseignant en psychologie positive, rapporte au sujet du plaisir dans son livre intitulé « L’apprentissage du bonheur » les propos suivants qu’il prête au psychologue Nathaniel Branden : [Pour l’homme le plaisir n’est pas un luxe mais un besoin psychologique essentiel.].

L’absence de plaisir nous rend triste et malheureux. Paradoxalement, le plaisir ne nous rend pas constamment heureux car il est toujours accompagné de douleurs psychiques et de chimères que nous poursuivons. Au même titre que « vérité » rime avec « fausseté », « bonheur » rime avec « douleur ». Ce type de couples forme les deux côtés d’une seule et même médaille. Cette alternance de plaisir et de souffrance peut faire de nous des personnes globalement heureuses à condition que la souffrance ne devienne pas, dans notre existence, un état prépondérant ou permanent, voulu ou non. Dans notre société de tradition judéo-chrétienne, certaines personnes pensent que la souffrance conduit au bonheur après la mort. Dans le passé, pour la religion catholique, le bonheur devait être recherché uniquement au paradis.

Nous devons être conscient que le plaisir engendre la souffrance et l’accepter en regardant la chose avec lucidité. Malheureusement pour nous, en état de souffrance, nous nous apitoyons sur notre sort et provoquons ainsi encore plus de confusion dans notre esprit. Voici ce qu’écrivent au sujet de l’acceptation, R. Poletti et B. Dobbs, deux spécialistes de l’accompagnement en milieu médical dans leur livre intitulé « Accepter ce qui est » : [Il n’y a pas de solution possible lorsqu’on ne peut pas accepter ce qui est, lorsqu’on ne se permet pas de voir et d’entendre ce qui est.] C’est en acceptant et en comprenant notre douleur, et non en tentant de la fuir, que le bonheur fera, d’une manière ou d’une autre, naturellement sa réapparition. Le bonheur est comme notre soleil. Il est toujours présent mais parfois caché derrière une couche nuageuse plus ou moins dense. La souffrance trouve son origine dans le plaisir et éclipse partiellement ou totalement le bonheur. Le médecin psychiatre, Christophe André, cite dans son livre « Vivre heureux » l’écrivain français Jules Barbey d’Aurevilly : « Le plaisir est le bonheur des fous. Le bonheur est le plaisir des sages ».

Avez-vous constaté que l’atteinte d’un objectif nous rend heureux sur le moment et que rapidement le bonheur s’estompe ? Lorsque nous réussissons un examen nous devenons les rois du monde et très vite nous sentons s’installer en nous un vide qui nous pousse à nous remettre en quête de nouveaux objectifs. Sur le plan matériel le phénomène s’avère identique. A peine la tablette, l’ordinateur, la voiture ou encore la maison censés nous rendre heureux en notre possession que nous pensons déjà à notre prochain achat. Christophe André rapporte également dans son livre « Vivre heureux » la célèbre formule d’Oscar Wilde : « Il n’y a que deux tragédies dans la vie ; l’une est de ne pas avoir ce que l’on désire ; l’autre est de l’obtenir. ». Quel qu’en soit l’objet, cette citation illustre très justement l’enfer du désir.

Afin de rompre avec le cercle vicieux du nouvel objectif censé combler ce vide intérieur persistant, certains d’entre nous préfèrent sans hésitation (ou presque) lâcher-prise. De plus en plus de trentenaires bardés de diplômes, quittent leur travail pour entreprendre une reconversion professionnel dans une activité manuelle souvent proche de la nature. Comme le rappel le médecin psychiatre, Christophe André, dans son livre « Vivre heureux » : [Sequi naturam : pour tous les philosophes de l’Antiquité, la première cause de malheur des hommes est l’éloignement de la nature.] Ces jeunes gens riches d’argent et malheureux dans leur vie professionnelle et/ou personnelle, choisissent d’écouter leur cœur et d’apprendre un nouveau métier, certes moins prestigieux et rémunérateur que l’ancien, mais plus proche de leurs aspirations. Ces aventuriers modernes se fixent un objectif très personnel dans lequel ils s’investissent corps et âme, loin des diktats de la société. En plus du bénéfice du plaisir à exercer une nouvelle activité professionnelle, leur existence prend tout à coup du sens à leurs yeux. Par exemple, travailler la terre dans le but de satisfaire les besoins de sa famille et de ceux des autres en matière d’alimentation saine est quelque chose de grand qui donne au quotidien du sens à l’action.

Le temps est également devenu une richesse. Certes, gagner de l’argent est une nécessité mais prendre du temps pour soi, pour partager en famille et entre amis des moments privilégiés, contribuent également à faire notre bonheur.

Dans ce type d’activité proche de la nature et de l’humain, comme dans le domaine des arts, l’apprentissage est sans fin. Le but fixé donne uniquement un repère ou une direction à suivre. Le chemin que nous empruntons jour après jour devient, à lui seul, une source de satisfaction. Alors s’installe de façon naturelle dans notre existence une sorte de félicité dont nous ne sommes pas conscients. Ce bonheur est en lien avec les personnes que nous aimons et les choses que nous possédons ce qui fait de lui un état instable. Christophe André cite dans son livre « Vivre heureux » l’écrivain français, Philippe Delerm : « Le bonheur, c’est d’avoir quelqu’un à perdre ». Le bonheur est, comme de nombreuses choses sur terre, impermanent. C’est au moment où nous prenons conscience que le bonheur est présent dans notre vie qu’il commence déjà à nous échapper.

 

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