Moral et éthique

4 Fév 2018 | | 2 comments

Le nouveau volet de la saga « La guerre des étoiles », plus connu sous le titre anglais de « Star Wars », est sortie en France douze jours avant noël. A cette occasion, nous avons pu revoir à la télévision, au moment des fêtes de fin d’année, quelques uns des épisodes précédents. Personnellement, je ne suis pas un grand fan de ces nouveaux films d’action hollywoodiens nécessitant de notre part fidélité et concentration, au risque de ne rien comprendre à l’intrigue. Pour êtes franc avec vous, cela fait longtemps que je n’ai pas tout compris à cette histoire de chevaliers Jedi (1). Par chance, je suis tombé sur un documentaire télévisé fort intéressant intitulé « Star Wars – Les origines d’une saga » et depuis ce jour, les épisodes n’ont plus aucun secret pour moi.

Le scénario du premier film a été rédigé au début des années 70, période de contestations politiques et sociales à l’ouest et particulièrement aux Etats-Unis. Le moral des américains était en berne. Les mœurs et la culture américaines étaient libérées, pour le meilleur et pour le pire. Le pays courait après le changement. « La guerre des étoiles » a remis au goût du jour le mythe essentiel de notre culture judéo-chrétienne du mal vaincu par le bien. On trouve dans la littérature, la mythologie, la religion et l’histoire ce thème éternel de l’affrontement du bien et du mal. Tous ces récits épiques nous livrent des enseignements moraux dont le but est de nous enseigner comment nous comporter face aux évènements de la vie. Star Wars est une odyssée futuriste qui relate les aventures de deux personnages, le père et son fils, pris dans un combat entre le bien et le mal, une lutte qui les amènera à prendre chacun position. Anakin Skywalker devient le terrifiant Dark Vador et son fils Luke, le héros de l’alliance rebelle en lutte contre le maléfique Empire.

Dans nos sociétés occidentales, la morale est fortement teintée de la notion de bien et de mal. La société nous indique ce qui est bien de ce qui ne l’est pas. Le dictionnaire Larousse donne plusieurs définitions du mot « moral ». Je retiendrais celle-ci : [Qui concerne les règles de conduite pratiquées dans une société, en particulier par rapport aux concepts de bien et de mal : Réflexions morales.] Cette définition correspond à ce que nous appelons « la morale sociale ». C’est la société, autrement dit les êtres humains, qui définissent la morale à laquelle ils décident d’adhérer. La société nous martèle d’injonctions, nous concède des droits et nous impose des interdits et c’est dans ce cadre que nous agissons en « bonne conscience ». De grands débats nationaux ont régulièrement lieux concernant des problèmes sociétaux. Il y a eu le débat sur l’abolition de la peine de mort, le droit à l’avortement et dernièrement le mariage pour tous. D’autres sont à venir, comme la dépénalisation des drogues douces ou l’euthanasie. Quelle que soit l’époque, les débats rencontrent des difficultés à s’installer. Un jour, lorsque les positions morales des uns et des autres auront évolué, des lois seront votées et une majorité imposera au reste une morale sociale. L’esprit de compétition, la réussite sociale et son attrait du gain financier, sont quelques exemples de valeurs véhiculées par notre société. Il est indéniable que nos actes ont un but social mais ils sont également source d’effort, de conflit, mais aussi de contraintes et de souffrance. La morale nous dit « Faites ceci mais pas cela ! ». Un homme ou une femme qui adopte une attitude conforme aux bonnes mœurs est appelé « un (e) honnête citoyen(ne) ». Le professeur Daisetz Teitaro Suzuki écrit dans son livre « Introduction au bouddhisme zen » : [[…], le Zen veut vivre de l’intérieur. Ne pas être lié par des règles, mais créer ses propres règles : voilà comment le Zen s’efforce de nous faire vivre.] Nous qui ne vivons pas dans la tradition bouddhiste, et plus généralement, nous qui ne vivons pas dans la religion, avons-nous nos propres règles ?

Le Larousse définit l’éthique de la façon suivante : [Qui concerne la morale]. A en croire le dictionnaire, moral et éthique sont synonymes. Dans son ouvrage « Valeur et vérité », le philosophe André Comte-Sponville donne une définition plus détaillée de l’éthique : [Par éthique, j’entends tout discours normatif – mais non impératif, […] – qui résulte de l’opposition du bon et du mauvais, considérés comme valeurs relatives ; c’est l’ensemble réfléchi de nos désirs. Une éthique répond à la question comment vivre ? elle est toujours particulière à un individu ou à un groupe. C’est un art de vivre : elle tend le plus souvent vers le bonheur et culmine dans la sagesse.] L’éthique est un cheminement dans lequel interviennent nos valeurs personnelles. Elle répond à la question « comment vivre ? » et comme l’existence elle n’est pas figée. Elle n’est pas mécanique, elle survient d’instant en instant au gré des situations et des gens rencontrés. Elle est centrée sur l’autre dans un profond respect et une constante sollicitude. Dans le tome 1 de son livre « L’intelligence émotionnelle », le docteur en psychologie et journaliste Daniel Goleman rapporte, en s’appuyant sur les recherches menées par le psychologue Martin Hoffman sur l’empathie, que l’éthique trouve son origine dans cette dernière : [[…] c’est en compatissant avec les victimes potentielles […] et donc en partageant leur affliction que l’on est poussé à leur venir en aide.] Dans le même ouvrage, Daniel Goleman affirme également que l’empathie est à l’origine de l’affection, de l’altruisme et de la compassion.

L’altruisme, cette vertu qui nous pousse à nous soucier du bien d’autrui de façon désintéressée est considérée comme une attitude noble. Cette manifestation de bonté envers des inconnus ne serait-elle pas, pour certains d’entre nous, un moyen comme un autre de flatter son ego ? Comme l’écrit le psychothérapeute et théoricien de la communication, Paul Watzlawick dans son livre intitulé « Faites vous-même votre malheur » : [Cette bonne action n’était-elle pas un dépôt de fonds sur un compte personnel en paradis ? Ne visait-elle pas à en mettre plein la vue à des tiers ? Voulais-je me faire admirer ? Contraindre quelqu’un à la gratitude envers moi, en faire, comme on dit si bien, mon « obligé » ? Ne cherchais-je pas plus simplement à atténuer quelque sentiment de culpabilité ?] Lorsque notre intégrité physique et/ou psychique n’est pas menacée nous donnons l’image d’une personne calme et sereine. Par contre, lorsque nous nous sentons déstabilisés se déchaîne en nous une tempête émotionnelle que nous arrivons plus ou moins à contrôler. Dans cet état d’urgence nous réagissons instinctivement sans nous soucier du « Qu’en dira t-on ? ». Pour « sauver notre peau » nous sommes prêts à trahir nos convictions en bafouant nos principes. La psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol écrit à ce sujet dans son livre « Comment apprivoiser son crocodile » : [Pour maintenir l’intégrité de l’être, la vie n’a que faire des états d’âme et des interrogations de la conscience.] Afin de rétablir en nous l’état de calme et de sérénité qui nous est si cher, nous n’hésitons pas à nous conduire avec lâcheté, à être de mauvaise foi, à faire du chantage, etc.

A quel moment comprenons-nous que nous avons écorné notre code éthique ? Lorsque nait en nous un sentiment de culpabilité. Nous avons la certitude d’avoir commis une faute « morale », d’avoir fait, ou pas fait, dit, ou pas dit, quelque chose qui ne nous ressemble pas, d’avoir causé préjudice à l’autre. Aussitôt, nous portons un regard négatif sur nous. Notre estime de soi s’affaiblit. Lorsque des personnes ont assisté à la scène ou quand nous imaginons que d’autres pourraient être mis au courant de nos agissements, ou de nos non-agissements, apparaît également un sentiment appelé « honte ». Ce dernier est dû à notre crainte du jugement des autres. La honte précède souvent la culpabilité, les deux émotions sont liées. En tant qu’émotions, la culpabilité et la honte, sont deux signaux d’alarme qui nous indiquent que quelque chose se passe en nous. Elles nous permettent de réagir en conséquence. Comme l’indiquent la psychologue clinicienne Elisabeth Couzon et la consultante et psychothérapeute Françoise Dorn dans leur livre « La magie des émotions » : [Ressentir de la culpabilité est une bonne façon de ne pas recommencer et de réparer le méfait ou l’action inadaptée. […] Elle (la culpabilité) nous pousse à l’action de réparation et à une attitude plus juste moralement.] Elle nous incite à nous interroger sur nous même et à changer, le cas échéant, nos comportements et nos croyances dans la recherche d’un nouvel équilibre. Qu’elles viennent de l’extérieur ou de nous-même, nos valeurs sont là pour nous guider au quotidien et apporter des réponses concernant notre interrogation sur le sens de la vie. Ces croyances, d’origine sociale, religieuse ou personnelle sont contraignantes et génèrent en nous des tensions et des conflits. Comme le suggère la célèbre citation, « le mieux est l’ennemi du bien », on risque d’abimer les choses à vouloir les améliorer. En effet, à l’encontre du but initial recherché, une grande partie de nos croyances entrave notre quête de vérité. D’un côté elles constituent notre système de défense et de l’autre elles entravent notre liberté et nous déresponsabilisent.

La morale et l’éthique coexistent. Moins dogmatique, l’éthique englobe la morale et prétendre l’inverse serait faux. Nous avons vu que l’une et l’autre se définissent à partir d’une opposition entre des contraires, « le bien et le mal » en ce qui concerne la morale et « le bon et le mauvais » à propos de l’éthique. Les deux opposés sont les deux côtés d’une même médaille, ils sont liés l’un à l’autre. Ils définissent une même entité dont ils sont partie intégrante. Il en est de même concernant le jour et la nuit, l’intérieur et l’extérieur, l’inspiration et l’expiration, soi et l’autre, etc. Cependant, notre vision dichotomique des choses ne reflète pas la réalité, comme j’ai eu l’occasion de l’évoquer dans l’article intitulé « L’entre-deux ». Les opposés interagissent entre eux le long d’une frontière mouvante. La célèbre représentation du cercle à l’intérieur duquel un S sépare et unit à la fois le Yin et le Yang, symbolise parfaitement la pensée orientale qui conçoit la dualité plutôt sous forme de complémentarité que d’affrontement.

 

 

(1) Jedi : celui qui maitrise le pouvoir de la force. Mot inventé par le réalisateur, scénariste et producteur américain George Lucas à partir du mot japonais Jidai-Geki qui désigne un genre théâtral, cinématographique et télévisuel sur l’histoire médiévale du Japon englobant les films de samouraï.

 

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2 Responses

  1. Tout au long de notre vie, nous empruntons un chemin qui nous met face à diverses situations bonnes ou mauvaises. Grâce à celles-ci, et l’âge aidant, nous finissons par comprendre, trouver et maintenir le juste milieu, le juste équilibre qui nous permet de mieux nous situer.
    Voici une belle explication de l’équilibre du réalisateur Martin McDonagh : « La comédie et la tragédie s’enrichissent mutuellement. Je ne me sens pas capable d’imaginer une histoire qui serait purement joyeuse ou purement triste. Je cherche naturellement l’équilibre entre la lumière et la noirceur. »

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