Liberté et responsabilité

3 Oct 2017 | | Laisser un commentaire

Selon les différents usages du mot « liberté » il existe, dans un dictionnaire de la langue française, une quinzaine de définitions correspondantes. Concernant cet article que j’ai intitulé « Liberté et responsabilité » je prendrai, comme point de départ de ma réflexion, la définition du Larousse : [Possibilité d’agir selon ses propres choix, sans avoir à en référer à une autorité quelconque]. Cette définition décrit bien la notion de liberté qui émerge de mon processus de coaching. Dans le contexte particulier de l’accompagnement d’une personne, je vais détailler les différentes significations que prend cette notion de liberté suivant l’angle sous lequel je me place. Je vais également montrer le lien insécable existant entre « liberté et responsabilité » d’une part et « sécurité et liberté » d’autre part.

En coaching, le premier aspect que revête la liberté est l’autonomie. En tant que coach, j’ai comme objectif principal d’accompagner mes clients vers une plus grande autonomie face aux problèmes qu’ils rencontrent et qu’ils amènent en coaching. Mon rôle consiste aussi à les aider à changer d’autonomie : comme un professeur apprend à ses élèves à apprendre, j’amène mes clients à devenir leur propre coach. Cette autonomie libère une énergie qui s’ajoute à leur énergie vitale et augmente leur créativité. Grâce à cette dernière, les clients voient leur champ de liberté respectif, autrement dit, leur champ des solutions possibles s’élargir.
Souvent, je suis étonné par l’ingéniosité de mes clients. Ils élaborent des solutions auxquelles je n’avais pas pensé, ce qui confirme que ce sont bien eux les experts du contenu apporté en séance, et moi, l’expert du processus. Par manque de clarté sur la situation qu’ils vivent, ils se retrouvent coincés dans une impasse ou un dilemme. C’est le désordre dans leur esprit. Mon rôle est de clarifier leurs questionnements en définissant avec chacun d’eux un objectif. Cette étape du coaching permet à mes clients de sortir de l’ornière respective dans laquelle ils se trouvent. Je les amène à augmenter le nombre de choix qui s’offrent à eux afin qu’ils puissent chacun élaborer la meilleure solution, leur propre solution. Au début du coaching, ces choix leur sont majoritairement inconnus. Dans son livre intitulé « Du désir au plaisir de changer », le docteur en psychologie, Françoise Kourilsky écrit au sujet des personnes coincées dans un dilemme : [Là où il y a dilemme, la liberté de choisir et la responsabilité de décider sont exclues.]

Plus globalement, le processus de coaching crée un espace accueillant et sécurisant. Dans ces conditions, mon client peut s’exprimer librement de toute influence extérieure, être lui-même de façon responsable. Il adopte une posture non-défensive lui permettant de clarifier ses difficultés dans un dialogue interne honnête et sans calcul de sa part. En tant que coach, je suis à l’écoute des émotions que mon client déclenche par ses dires et ses attitudes. Je lui fais savoir verbalement en retour que je perçois ce qu’il ressent. Je suis également à l’écoute de moi-même afin de saisir ce que mon client émet inconsciemment afin de le partager avec lui, sans interprétation de ma part et dans une acceptation inconditionnelle. J’accueille mon client dans un espace de liberté créé par le silence. La posture que j’adopte en séance lui permet de voir sa situation différemment, d’ouvrir d’autres voies et selon ses sentiments, de donner aux différents choix possibles leurs véritables valeurs. Mon client agit pour lui et non plus en fonction de ce que les autres attendent de lui. Voici ce qu’écrivent les coachs Olivier Bernhardt, Francis Colnot et Florence Vitry dans leur livre « Le coaching personnel » au sujet du processus particulier de coaching : [Nous sommes convaincus de l’importance fondamentale du cadre dans la relation en tant que lieu protégé : les règles du jeu, loin d’enfermer le terrain de la relation, l’ouvrent au contraire sur tous les possibles, tous les échanges créatifs et puissants.] Paradoxalement, ce sont les contraintes imposées par ce cadre qui permettent au client d’apporter, en toute liberté, le contenu qu’il souhaite en séance. Il m’est également arrivé d’accorder à mon client des permissions qu’il n’osait pas se donner jusque là. Ces autorisations créent une liberté de choix supplémentaires et c’est dans un très large panel de choix que réside la liberté, une liberté étroitement liée à la créativité.

Afin de garantir à mon client cet espace de liberté vide de toute influence venant de la pensée, je mène un travail sur mes croyances, mes préjugés et mes sentiments afin de m’en libérer et d’induire un calme intérieur nécessaire à une réelle écoute. Méfions nous de nos attachements à nos pensées ou à nos émotions car ce sont eux qui nous enchaînent. Afin de nous en libérer, il est impératif d’agir sur nos croyances car elles affirment, sans que nous l’ayons vérifié par notre propre expérience, la véracité de choses qui n’existent peut-être pas. Cependant, nous devons rester vigilants sur le fait que nous sommes en perpétuel mouvement et que notre ego est loin d’être une entité statique. Voici ce qu’écrit le psychothérapeute et écrivain américain Nathaniel Branden dans son livre « L’estime de soi » à ce sujet : [En outre, il faut se souvenir que le soi n’est pas une entité statique, finie, mais une création en perpétuelle évolution, un déploiement de nos possibilités, exprimé dans nos choix, nos décisions, nos pensées, nos jugements, nos réactions et nos actions.] Ces propos concernent aussi bien mes clients que moi. Me libérer de mes croyances c’est voir clair en moi-même et m’octroyer ainsi la liberté de regarder l’autre sans jugement. De là, naît une relation de confiance dans laquelle mes clients et moi acquérons une plus grande liberté mais également une plus grande responsabilité.

La définition du Larousse du mot « responsabilité » : [Obligation ou nécessité morale, de se porter garant de ses actions ou de celles des autres] n’est pas la mieux appropriée au domaine du coaching. La responsabilité du client se trouve plutôt dans le fait que ce dernier assume entièrement ses choix, choix concernant sa personne et impliquant également des membres de son entourage familial ou professionnel à des degrés plus ou moins importants. En tant que coach, mon rôle est de veiller au respect de l’écologie globale de ce système durant le processus de changement entrepris par mon client. Afin d’illustrer mes propos, prenons le cas d’une personne qui souhaite changer de situation professionnelle. Je l’interroge, par exemple, sur les conséquences de ses choix vis-à-vis des avantages qu’il tire de la situation actuelle, sur l’incidence que ses décisions auront sur l’équilibre de sa famille, etc. Au final, c’est mon client qui décide d’agir, ou pas, et c’est en cela que réside sa responsabilité. Responsable de ses choix il devient acteur de sa vie. Le père de l’Ecole Palo Alto, le zoologue, anthropologue et ethnologue Gregory Bateson disait : [La « liberté » et la « responsabilité » sont deux notions complémentaires ; l’accroissement de la première provoque toujours l’accroissement de la seconde.] (1)

Travailler sur l’autonomie du client tout en le responsabilisant revient à travailler sur son assertivité. J’ai déjà eu l’occasion, dans mon article intitulé « La persévérance », d’évoquer l’assertivité. Etre assertif c’est, entre autres choses, pouvoir renforcer son autonomie et assumer ses responsabilités. Travailler son assertivité c’est développer l’« estime de soi » qui améliore l’« affirmation de soi » qui augmente la « confiance en soi » qui conforte à nouveau l’« estime de soi » et boucle de cette façon ce cercle vertueux. Comme l’écrit le psychologue Christophe André dans son livre intitulé « Imparfaits, libres et heureux » : [L’estime de soi est l’outil de notre liberté et de notre autonomie psychologique.] Une forte estime de soi permet de déjouer les jeux psychologiques et les manipulations, aptitude définissant en partie ce qu’est l’assertivité. Ce qui définit également l’assertivité est la faculté que nous avons de dire « non » lorsque nous l’estimons nécessaire. Dans cet acte langagier qui rompt avec une série de « oui » de soumission, se cache un champ de liberté naissant et donc en devenir.

La deuxième notion évoquée par le mot « liberté » concerne la satisfaction des besoins fondamentaux, besoins classés en différentes catégories par le psychologue américain Abraham Maslow. Dans son livre intitulé « Vers une psychologie de l’être », l’auteur met l’accent sur le fait que la satisfaction des besoins matériels n’est pas l’unique motivation des êtres humains. Voici ce qu’il écrit à ce sujet : [Parce que les besoins les plus inférieurs et les plus urgents sont matériels, par exemple la nourriture, l’abri, les vêtements, etc., ils (la majorité des gens) tendent à généraliser cela en une psychologie des motivations essentielles matérialistes, oubliant qu’il y a des besoins supérieurs non matériels tout aussi « fondamentaux ».] Après la satisfaction des besoins du corps vient la satisfaction des besoins de protection, de sureté et de sécurité, d’appartenance et d’amour, de respect et d’estime de soi et d’accomplissement spirituel comme la liberté. Le besoin de liberté est en partie satisfait lorsque le besoin de sécurité l’est. Le besoin de liberté est une conséquence du besoin de sécurité. Nous avons que d’après Gregory Bateson, les deux éléments du couple « liberté-responsabilité » évoluaient de concert. Concernant le couple « sécurité-liberté », la dynamique est plus compliquée, voire même paradoxale. La sécurité matérielle assure l’autonomie mais à partir d’un certain moment, dépendant du ressenti et des besoins de tout à chacun, cette protection devient contraignante et étouffante. La sécurité garantit l’autonomie et génère parallèlement la contrainte rendant indissociables et complémentaires les deux constituants du couple « sécurité-liberté ». Tenter d’avoir l’un sans l’autre, revient à « chercher la quadrature du cercle », autrement dit, à essayer de résoudre une équation qui n’a pas de solution. Nous sommes désireux d’évoluer dans un environnement connu et maîtrisé. Seulement la sécurité n’existe pas car la vie est en perpétuel mouvement. L’inconnu nous fait peur, cependant c’est lui qui nous ouvre le champ des possibles.

Nous avons vu que le processus de coaching est une relation qui responsabilise la personne accompagnée. Il n’est plus question pour elle d’accuser son environnement d’être la cause des difficultés qu’elle rencontre. Elle devient responsable de ses décisions, de ses actes et de sa vision du monde. Une telle responsabilité entraîne chez elle une grande liberté, une liberté qui lui permet même de faire le choix d’une nouvelle réalité.

(1) Propos rapportés par les psychologues-psychothérapeutes Jean-Jacques Wittezaelz et Teresa Garcia-Rivera dans leur ouvrage intitulé « A la recherche de l’école de Palo Alto ».

Posted in: Non définie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

wordpress stat