Insécurité, colère et violence

9 Mai 2017 | | Laisser un commentaire

Qu’est-ce qui amène une personne en coaching ? Une difficulté professionnelle ou personnelle récurrente qu’elle n’arrive pas à solutionner de façon satisfaisante ou encore un objectif qu’elle n’arrive pas à atteindre. Le plus souvent, une personne vient me voir lorsqu’elle a un problème. Qu’est-ce qu’un problème en coaching ? Pour Michael PICHAT, maître de conférences des universités en psychologie et coach : [c’est une catégorie de situations problématiques] autrement dit : [quand c’est récurrent]. Le travail, la carrière, le couple, les enfants, les relations humaines et la violence sont quelques-uns des domaines parmi lesquels nous rencontrons des obstacles.

Dans cet article je vous propose de nous intéresser à la violence. L’Homme est violent, en atteste les conflits armés présents en continu dans le monde. La violence ne se résume pas uniquement au fait de s’entre tuer. La violence est collective et individuelle. Elle se manifeste au quotidien dans nos relations aux autres aussi bien dans la sphère privée que professionnelle. Qu’est-ce qui provoque en nous de la violence ? Afin de répondre à cette question difficile, remontons ensemble le cours du temps, à l’époque où nos ancêtres se défendaient contre les attaques des animaux prédateurs. Dans son livre « Comment apprivoiser son crocodile », la psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol indique que nos aïeux avaient, face à une menace, le choix entre trois types de défenses : fuir, lutter ou le repli sur soi.

Les hommes d’aujourd’hui, comme les autres mammifères de cette planète, utilisent exactement les mêmes parades : la fuite afin d’éviter la menace, la lutte dans le but de maîtriser le danger et le repli sur soi pour passer inaperçus du péril. Ces réponses automatiques du cerveau reptilien (1) face au danger ont permis à notre espèce de traverser les âges. Voici ce que l’auteur écrit au sujet de cette partie de notre cerveau : [Son rôle est fondamental puisqu’il régule la satisfaction de nos besoins essentiels tel que dormir, boire, manger, se reproduire. Il assure aussi, avec le cerveau limbique (2), le besoin d’intégrité qui se manifeste sous trois formes : besoin de sécurité, d’identité et de réalité d’être.] Je détaille ces trois besoins dans les paragraphes suivants. Catherine Aimelet-Périssol établit un lien entre les trois types de défense et les trois besoins d’intégrité évoqués. Elle écrit à ce sujet : [Comme la soif défend le besoin de boire et la faim le besoin de manger, la fuite défend le besoin de sécurité, la lutte, le besoin d’identité, et le repli sur soi, le besoin de réalité d’être.] Nous retrouvons notre équilibre lorsque le besoin est satisfait. Dans le cas contraire, nous nous perdons dans l’angoisse, la déprime ou la violence.

Nous fuyons afin de diminuer le manque de sécurité physique et psychique. Nous avons besoin de certitude et de liberté. L’inquiétude et le manque d’espace engendrent la violence. Le constat que nous faisons de l’insécurité génère chez nous l’émotion de peur. Cette dernière nous informe de la présence d’un danger. Dans notre quotidien, hormis quelques individus mal intentionnés que nous pourrions rencontrer au détour d’une rue, il existe une faible probabilité que nous croisions la route de prédateurs. De nos jours, le manque de sécurité se situe essentiellement sur le plan psychique. Comme pour un danger menaçant notre intégrité physique, notre système de défense réagit automatiquement sur le plan psychologique en nous ordonnant, suivant la situation vécue et notre personnalité : l’évitement (la fuite), l’affrontement (la lutte) ou encore la discrétion (le repli sur soi).

A quel moment la peur devient-elle violence ? Lorsque le trouble provoqué est lié à la perception que nous avons de l’autre. Voici ce qu’écrivent à ce sujet la psychologue clinicienne Elisabeth Couzon et la consultante et psychothérapeute Françoise Dorn dans leur ouvrage « La magie des émotions » : [Si l’autre par sa différence est vécu comme un intrus, un indésirable, une menace, un rapport « phobique » à l’autre et une peur de l’autre s’installent. La peur se manifeste alors par de l’évitement, du rejet, de la haine qui va devenir affrontement.] Dès lors que la peur ne nous paralyse pas, nous disposons des autres stratégies de défense.

Nous luttons dans le but d’atténuer le manque d’identité et d’estime de soi. Nous avons besoin de nous aimer. Des signes de tension comme la colère nous indiquent que nous sommes en lutte. Cette émotion cherche à nous interpeller sur notre besoin de reconnaissance qui correspond à un besoin d’appartenance à un groupe tout en affirmant sa différence. Une basse estime de soi nous amène à adopter un comportement agressif ou violent vis-à-vis de soi ou des autres. Vis-à-vis de nous, nous nous dévalorisons en pensant être un raté. Vis-à-vis des autres nous nous dévalorisons en haïssant la personne que nous jugeons meilleure que nous. La colère est une émotion saine, à la différence de la rage considérée comme une émotion négative engendrant des comportements dysfonctionnels comme la violence.

En quoi la colère est-elle saine ? Elisabeth Couzon et Françoise Dorn dans leur livre « La magie des émotions » écrivent à ce sujet : [Exprimer sainement son agressivité, c’est s’autoriser à ressentir et exprimer sa colère pour libérer la tension émotive liée à notre mécontentement.] Nous mobilisons nos forces dans le but de nous affirmer et de signifier à l’autre les limites qu’il ne doit pas dépasser. Notre éducation ne nous incite pas à exprimer en public notre tristesse ni colère jugées négatives par la société. De ce fait, nous contenons souvent ces émotions.

Que se passe-t-il quand la colère est réprimée ? D’après Elisabeth Couzon et Françoise Dorn : [Les conséquences en sont la violence, les agressions directes ou déplacées, la destruction.] A ce niveau, le stade du conflit est largement dépassé car le dialogue n’existe plus ce qui fait dire aux deux auteurs que : [La violence est l’échec de la parole]. Comme l’indique le psychiatre, psychologue et psychanalyste Alain Braconnier dans son livre « Comment protéger son soi pour vivre pleinement » : [Il vaut mieux exprimer cette « juste colère » plutôt que de la réprimer ou de la refouler.].

Le refoulement de la colère peut également conduire à une forme de violence dirigée vers soi : la dépression. L’intolérance à la frustration est également une source de violence. Beaucoup d’adolescents ayant une forte exigence de confort et de facilité (Je veux que tout marche tout de suite, sans effort et avec du confort) possède un faible niveau de tolérance à la frustration générant chez eux de la violence.

Nous nous replions sur nous pour combler le manque de réalité d’être. Nous avons soif de réalisation sur la base de l’harmonie et de l’épanouissement personnel. Il s’agit de faire quelque chose de soi et d’être dans l’action. Le manque de réalité d’être se traduit par un état de fatigue général paralysant, dans lequel tout nous paraît très compliqué. Hormis la souffrance personnelle engendrée par la persistance d’une telle situation, la violence ne trouve pas dans cette catégorie de défense, le terreau nécessaire à son développement. Le terrain dont je parle est l’autre, pratiquement inexistant dans cette situation de repli, nous ne pouvons pas, comme à notre habitude, l’accuser de tous nos maux.

Nous avons d’abord vu que l’incertitude et la sensation d’enfermement génèrent de la violence. Ensuite, nous avons constaté que le fait de ne pas être reconnu dans notre identité et la sensation de ne plus exister sont également une source de violence, verbale ou physique, contre soi ou les autres. La réflexion menée dans cet article sur les causes de la violence est un élément de réponse à la question qui vient ensuite tout naturellement : « Comment se libérer de la violence ? ». Vaste sujet que j’aurai peut-être l’occasion de traiter dans un prochain article.

 

(1) cerveau reptilien : partie la plus ancienne à l’échelle de l’humanité du cerveau humain. Ce dernier est composé de trois parties : les deux hémisphères du cortex, le système limbique et le cerveau reptilien qui gère les fonctions vitales.

(2) cerveau limbique : partie du cerveau qui gère les émotions.

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