L’énergie vitale

3 Avr 2017 | | 4 comments

Je vais dans cet article vous parler d’énergie, ki (1) en japonais. En Occident, les arts martiaux les plus familiers sont le judo (2), le karaté-do (3) et l’aikido (4). Ce dernier est plus qu’une simple technique de combat comme l’explique Roland HABERSETZER, expert en arts martiaux et professeur d’histoire, dans son encyclopédie des arts martiaux de l’Extrême-Orient : [C’est une expression corporelle de l’union de l’individu (de son ego) avec l’univers qui le régit.] Comme tous les êtres vivants sur terre nous naissons avec une grande force interne. Malheureusement, la vie actuelle que nous menons au quotidien perturbe la libre circulation de cette énergie originelle située au niveau de l’abdomen, juste sous le nombril, partie du corps appelée tanden (5) en japonais. Lorsque vous regardez un bébé respirer vous constatez que son ventre bouge au rythme de sa respiration. L’éducation sportive enseigne à nos enfants la respiration « haute » dans le but d’améliorer la performance physique. Quelques décennies plus tard, dans le cadre de formation en gestion du stress, des formateurs apprennent à ces enfants devenus adultes, la respiration abdominale, source de contrôle de soi, de créativité, de motivation et de ressources. Dans les arts martiaux, le développement du ki se fait à partir d’un travail sur le souffle permettant d’atteindre une dimension décuplant la force physique. L’inspiration apporte l’énergie et l’expiration la diffuse dans tout le corps. Afin d’illustrer mes propos concernant cette force innée, je vais vous faire part ici d’une expérience scientifique réalisée il y a déjà quelques décennies. Un athlète avait comme consigne de reproduire les faits et gestes d’un jeune enfant. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que ce sportif de haut niveau a très vite jeté l’éponge pour cause de « grosse fatigue ».

La pratique quotidienne d’un art martial nous connecte à notre force interne et développe cette source de vitalité qui nous a été donnée à la naissance. Nous sommes en lien perpétuel avec notre environnement et cette connexion a une influence sur notre niveau d’énergie. Jeune, nous n’avons pas conscience de la nécessité d’entretenir notre énergie vitale afin d’être en bonne santé malgré la diminution, au fil du temps, de nos capacités physiques. Voici ce qu’écrit à ce sujet Jon Kabat–Zinn, professeur émérite à la Faculté de médecine de l’Université du Massachusetts, dans son livre « Au cœur de la tourmente, la pleine conscience » : [Nous sommes entiers dans notre corps, mais, comme nous l’avons déjà vu, nos corps sont constamment en train d’échanger de la matière et de l’énergie avec l’environnement. Ainsi, bien que nos corps soient complets, ils sont aussi constamment en train de changer. Nos corps sont littéralement immergés dans un tout plus grand, à savoir l’environnement, la planète, l’univers. Vue de cette façon, la santé est un processus dynamique. Ce n’est pas un état figé que vous « avez » et que vous conservez ensuite.] Plusieurs fois je suis arrivé psychiquement fatigué au dojo (6) et reparti en pleine forme après le cours de karaté-do. Il est important de se recharger d’une nouvelle énergie après s’être donné sans réserve à la pratique d’un sport ou d’un art martial. Ce n’est pas le fait de faire qui dilapide notre énergie mais les pensées permanentes qui encombrent notre esprit. Une vie saine maintient l’équilibre du triptyque « Tête – Cœur – Corps » que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans un précédent article. Il suffit qu’une seule de ces trois dimensions soit malmenée pour que la stabilité globale de notre être soit rompue. La pratique d’un art martial nous remplit de ce ki nécessaire au dépassement de situations plus ou moins difficiles que nous rencontrons dans notre vie. Le dictionnaire « Larousse » donne la définition suivante de l’énergie : [Puissance physique de quelqu’un, qui lui permet d’agir et de réagir.]. Le mot « énergie » évoque en premier lieu la matière : la respiration, une alimentation appropriée ainsi que les rayons du soleil sont source d’énergie pour notre corps. Mais qu’en est-il de la tête et du cœur ?

Notre énergie vitale dépend de la quantité de dépense. Notre énergie vitale n’est pas uniquement physique, elle est également psychologique et émotionnelle. Ces trois dimensions nous apportent de la force ou nous en prive. Sur le plan physique une alimentation trop riche en sucre, en sel ou en matières grasses peut être à l’origine de maladies. Les choses ne sont ni bonnes ni mauvaises. Tout est question de dosage, à l’instar d’un point vital frappé violemment dans l’intention de blesser ou sèchement dans le but de ranimer une personne tombée en syncope pendant un entraînement de judo. Il en va de même des émotions, elles ne sont ni bonnes ni mauvaises. Voici ce qu’écrivent à ce sujet la psychologue clinicienne Elisabeth Couzon et la consultante et psychothérapeute Françoise Dorn dans leur livre « La magie des émotions » : [Les émotions ne sont ni positives, ni négatives : elles sont seulement des éléments de notre énergie vitale. Elles ont chacune leur propre fonction et nous aident à satisfaire nos besoins personnels. Les émotions sont un système d’informations nous indiquant qu’il se passe quelque chose.] Afin de développer la pensée d’Elisabeth Couzon et de Françoise Dorn je cite ici la psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol qui écrit dans son livre « Comment apprivoiser son crocodile » : [Nos réactions de défense nous veulent du bien ! Tout inconfortables soient-elles, nos émotions et leur cortège de symptômes ont une fonction bénéfique, indispensable : elles signalent et pallient à la fois le manque d’être (7).]

Au niveau de notre psyché nous gaspillons notre énergie en conflits avec les autres, en voulant tout contrôler, en nous battant contre la réalité, en pensant continuellement, en ayant un problème auquel on n’entrevoit pas de solution, en résistant à un obstacle rencontré, en procrastinant, en nous conformant, en imitant, en tentant de maîtriser nos pensées, en ressassant le passé ou bien encore en nous inquiétant pour l’avenir. La connaissance est également une grande consommatrice d’énergie. Voici ce que le psychologue Abraham Maslow écrit à ce sujet dans son ouvrage « Vers une psychologie de l’être » : [La connaissance banale est un processus actif. Elle opère un choix, une sélection. Celui qui regarde choisit ce qu’il veut percevoir et ce qu’il ne veut pas percevoir. Il fait cela en relation avec ses besoins, ses peines, ses intérêts. Il réalise une organisation qu’il structure et modifie. En un mot, il y travaille. La connaissance est un processus qui absorbe de l’énergie. Elle tient en alerte la vigilance et la tension, et par le fait même provoque de la fatigue.] Certains événements passés génèrent en nous de fortes émotions perdurant dans le présent comme par exemple la rupture d’un contrat de travail. Le psychothérapeute Kévin Finel évoque dans son livre « Apprivoiser le changement avec l’auto-hypnose » l’importance du deuil lorsqu’un changement arrive dans notre vie. Faire le deuil de notre dernière expérience professionnelle permet de réinvestir son énergie dans un nouveau projet professionnel et comme dit la chanson : « La fin d’une histoire donne naissance à une autre ». Voici ce que Kévin Finel écrit au sujet du gaspillage de l’énergie provoqué par d’anciennes émotions toujours présentes : [Suite à une expérience vécue, une émotion se crée en nous et si l’émotion est forte, elle doit être « digérée ». Aussi, tant que cela n’a pas été fait, un « trop plein d’émotion influence le présent car, au fond, même des années après, la situation n’est pas achevée. En un mot, si une émotion stagne, la situation demeure liée au présent. Elle prend alors de l’énergie par l’intermédiaire de chaque pensée qui lui est consacrée et de chaque réaction inconsciente qui en découle.]

Dans leur livre « La magie des émotions », Elisabeth Couzon et Françoise Dorn ajoutent : [Cette énergie non dégagée reste alors à l’intérieur de nous, encombrant nos circuits nerveux et pouvant provoquer de l’anxiété, du stress ou une affection somatique.] La colère est une émotion dynamisante et consommatrice d’énergie générant une fatigue intense. Les émotions peuvent également être refoulées. Elisabeth Couzon et Françoise Dorn se demandent ce qu’il se passe lorsqu’on réprime la joie, qu’elles appellent également « énergie du bien-être ». Pour répondre à cette question les deux auteurs rapportent les propos de Corinne Cosseron, fondatrice de l’école internationale du rire : [Le rire, expression de la joie, est souvent réprimé. Nous manquons alors de belles occasions de vivre cette énergie vitale qui nous pousse à l’action. Sa répression entraîne de la passivité dans nos vies, un manque d’allant, une carence de projets joyeux à réaliser ensemble.]

Les émotions sont source de dilapidation de notre énergie vitale. Nous sommes comme une tablette informatique que nous aurions mis à recharger durant la nuit et qui aurait sa batterie qui se déchargerait rapidement à cause des multiples applications fonctionnant à notre insu en « tâches de fond ». La compréhension de toutes ces dépenses fait couler en abondance notre énergie. Voici ce qu’écrit Kévin Finel concernant les routines qui s’installent à notre insu : [Chaque routine est un piège, dès lors qu’elle existe en dehors de notre conscience. Elle nous tient, dès que nous commençons à ne plus nous rendre compte de la façon dont elle nous influence. […] Chaque routine inconsciente est donc susceptible d’utiliser une quantité d’énergie non négligeable.]

Jon Kabat–Zinn rapporte dans son livre « Au cœur de la tourmente, la pleine conscience », la vision du monde du célèbre physicien théoricien, Albert Einstein : [Dans sa réponse, Einstein suggère que nous pouvons facilement devenir prisonniers de nos pensées et de nos émotions, et être aveuglés par elles, car elles sont si endémiquement autocentrées, uniquement préoccupées par les côtés particuliers de notre propre vie et de nos propres désirs en tant qu’êtres séparés. […] Selon lui, nous arrivons tous dans ce monde, puis le quittons comme des agrégats éphémères d’une énergie hautement structurée. Einstein nous invite à voir l’ensemble comme plus fondamental que les parties. Il nous rappelle que notre expérience de nous-mêmes comme séparés et permanents, est une illusion qui, en finale, nous emprisonne. Mais nous sommes séparés en ce sens que nos vies sont localisées dans le temps (le temps d’une vie) et dans l’espace (le corps).]

Dans l’énergie vitale se trouvent la créativité, la motivation et les ressources dont nous avons besoin pour avancer dans l’existence et ce malgré les difficultés rencontrées. La nourriture, le souffle et la lumière apportent les éléments nécessaires au maintien de l’intégrité de notre être. L’énergie vitale augmente lorsque nous agissons sur les multiples dépenses d’énergie psychologiques et émotionnelles que notre mode de vie génère. Le fait de prendre conscience des mécanismes de gaspillage suffit à réduire ce gâchis et à augmenter ainsi notre énergie vitale.

(1) ki : énergie vitale, énergie interne, essence de vie, souffle ou encore volonté radiante.

(2) judo : voie de la souplesse.

(3) karaté-do : kara signifie le vide, plus précisément la vacuité au sens bouddhique du terme et te la main. Do signifiant la voie, karaté-do peut être traduit par « la voie de la main et du vide ».

(4) aikido : voie de l’union de l’énergie ou voie de l’harmonie avec l’énergie universelle.

(5) tanden : région sous-abdominale (à environ deux largeurs de doigts sous le nombril) qui constitue le centre du hara (région abdominale, ventre), considéré par les arts martiaux et le bouddhisme zen comme étant le creuset d’où part l’énergie vitale (ki) de l’homme.

(6) dojo : salle où se pratiquent les arts martiaux. Le terme dojo est un mot d’origine japonaise qui désigne par le caractère jo le lieu et par le caractère do la voie et donc par définition le lieu ou l’on étudie la voie.

(7) manque d’être : Le manque d’être, faille initiale de chacun, se développe dans l’interrelation avec nos parents et notre famille. Il est ce que nous ne sommes pas – ou pas encore – et ce que nous devrions être aux yeux des autres. Il est la présence pressante de l’autre en nous qui fait de nous un « devoir-être ».

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4 Responses

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    1. Oui, on parle alors de « personne toxique ». En fait, c’est plutôt la relation qui est toxique. Voici ce qu’écrit à ce sujet le docteur en psychologie Françoise Kourilsky dans son livre « Du désir au plaisir de changer » : [Nous nous construisons et évoluons au travers des relations que nous établissons avec les autres : notre identité est un processus et non quelque chose de tangible et de fixe. Ainsi la qualité de nos dialogues « intérieurs » et de la relation que nous entretenons avec nous-même contribue fortement à notre équilibre et par la même à notre évolution. Nous nous alimentons mutuellement en interagissant, mais cette nourriture peut être plus ou moins bénéfique pour notre développement personnel : ainsi nous pouvons nous intoxiquer comme nous ressourcer selon notre manière d’interagir avec nous-même comme avec les autres.]
      Préférez les relations épanouissantes, enrichissantes et aidantes aux relations toxiques.
      J’espère avoir répondu à votre question.

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