Compassion, courage et humilité : trois valeurs essentielles du coach

2 Mar 2017 | | Laisser un commentaire

Convaincu de l’importance de l’écoute dans les relations entre individus, j’ai décidé, dans le cadre de mon mémoire de fin d’études réalisé en 2013, d’étudier « L’apport de l’écoute active dans l’étape de construction de l’alliance en coaching ». L’une des étapes importantes de tout entretien d’aide est l’établissement et le maintien de l’alliance ou confiance réciproque. Dans son livre « Au cœur de la relation d’aide » le coach Vincent Lenhardt définit l’alliance comme la reconnaissance réciproque de la part positive qui existe chez l’autre dans le but d’établir une relation parfaite entre les deux parties éclatantes et de faciliter ainsi le changement nécessaire à la progression du processus de coaching. Afin de réaliser ce travail de mémoire, je me suis intéressé au courant psychologique humaniste et particulièrement au célèbre psychologue américain Carl Rogers connu pour ses travaux sur « l’entretien centré sur la personne ». Certains auteurs, comme le docteur ès lettres et professeur de psychologie sociale Jean-Claude Abric, m’ont permis de mieux comprendre l’approche « rogérienne ». Dans son ouvrage « Psychologie de la communication » l’auteur explique qu’en thérapie, comme lors d’un entretien quelconque en face à face, l’important est de créer dans la relation, une atmosphère particulière basée sur les quatre éléments constituant l’écoute active : l’acceptation inconditionnelle de l’autre, la neutralité bienveillante, l’authenticité et l’empathie.

Pour écouter réellement il faut être calme intérieurement. La plupart d’entre nous écoutons à travers l’écran de nos désirs et entendons ce que nous voulons bien entendre. Il est inhabituel d’être écouté car écouter est un acte difficile qui nécessite un véritable apprentissage. Lorsque je place mon client au centre de l’entretien, je libère l’espace nécessaire afin qu’il puisse accepter la manifestation de ses sentiments et s’engager sur le chemin du changement en mobilisant ses propres ressources dans le but d’atteindre l’objectif fixé. Je suis à l’écoute de ses émotions déclenchées par ses dires et ses attitudes et je lui fais savoir verbalement en retour que je perçois ce qu’il ressent. Je suis également à l’écoute de moi-même afin de saisir ce que mon interlocuteur émet inconsciemment afin de le partager avec lui dans la bienveillance. Cette capacité de perception ne se fonde ni sur l’expérience ni sur le savoir mais sur le savoir faire. Comme dans ma pratique du karaté-do (1), je fais confiance aux réactions émotionnelles et corporelles que j’éprouve en séance. Dans les arts martiaux comme en coaching, je suis complètement attentif d’instant en instant, attentif à l’« ici et maintenant » car tout s’y trouve. J’écoute réellement ce que mon client dit sans interprétation de ma part, sans volonté de changer ou de modifier ses propos. J’écoute de tout mon être avec beaucoup d’attention, ce qui n’a rien d’intellectuel, de sentimental ou d’affectif. Je suis totalement présent dans une communication à la fois verbale et non verbale. En séance, j’adopte la posture appelée « position basse » qui caractérise la relation de coaching, je me tais, j’écoute le discours de mon client, je questionne, reformule, confronte et recadre mais surtout je ne donne pas de conseils.

Dans leur ouvrage « Cas de coaching commentés » les maîtres-coachs certifiées par l’ICF (2), Sylvianne Cannio et Viviane Launer, expliquent que le coach doit posséder : [des valeurs d’humaniste, de courage et d’humilité]. Amener le processus de coaching au succès nécessite, d’après elles, une réelle bienveillance de la part du coach. Ce dernier doit également faire preuve de courage pour confronter son client et rester empathique sans basculer dans la sympathie, posture contre productive en coaching. Dans la phase commerciale le coach est dans une position haute. En tant que garant du cadre du processus de coaching il lui arrive d’adopter la position haute en cours de coaching. Pour Sylvianne Cannio et Viviane Launer le fait de quitter la position haute permet à l’humilité de s’installer. Le coach montre à son client qu’il ne sait pas à sa place et qu’il ne veut rien pour lui, explique le coach Vincent LENHARDT dans son livre « Découvrir le coaching » : [Le coach, lui, ne sait pas pour l’autre, ni n’agit à la place de l’autre, tout comme l’entraîneur ne joue pas ou ne concourt pas à la place du champion.] A partir de cet instant seul compte le client. En thérapie, les effets d’une telle posture adoptée en séance sont identiques. Voilà ce qu’écrit à ce sujet le célèbre psychologue américain Abraham Maslow dans son livre « vers une psychologie de l’être » : [Aussi, en ce qui concerne l’expérience psychothérapeutique, plus nous désirons faire un diagnostic et un plan d’action, moins nous sommes utiles. Plus nous souhaitons guérir, plus cela prend de temps. Tout psychiatre doit apprendre à ne pas se presser de guérir, à ne pas être impatient. Comme dans bien d’autres situations, la soumission conduit à la victoire, l’humilité au succès.]

L’humilité est donc une qualité essentielle de l’accompagnant. Qu’est-ce que l’humilité ? Le dictionnaire « Larousse » donne comme définition du mot : [Sentiment, état d’esprit de quelqu’un qui a conscience de ses insuffisances, de ses faiblesses et est porté à rabaisser ses propres mérites.] Par exemple, pour Sylvianne Cannio et Viviane Launer : [Le coach n’a pas à se vanter d’avoir eu la même expérience. S’il souhaite mettre une expérience au service de son client, ce sera de façon détournée : « J’ai vu telle situation dans une entreprise de tel secteur et voici ce qu’ils ont fait… (description)… Pensez-vous que ce serait applicable dans votre cas ? »]. Le coach ne cherche pas à impressionner à travers des réponses toutes faites, mais à accompagner son client en adoptant la posture centrée sur la personne. Lorsque l’humilité est présente, l’ego disparaît. Peut-on décider d’être humble ? L’humilité ne se décrète pas, elle est spontanée et empreinte d’authenticité. Elle nous fait apparaître aux yeux des autres comme vulnérable et c’est une vraie force pour notre équilibre psychologique comme l’indiquent le coach et psychologue clinicien Patrick Amar et la psychologue clinicienne Silvia André dans leur livre « J’arrête de… stresser ! ». Ils rapportent dans leur ouvrage le message de la psychologue Brené Brown qui a passé dix ans à étudier la notion de vulnérabilité chez l’humain :

[• notre vulnérabilité est le meilleur et plus fiable indicateur de courage ;

• la vulnérabilité est la source de l’innovation, de la créativité et du changement.

Lorsque nous nous montrons vulnérables, nous devenons authentiques, la confiance nous gagne, l’humilité et l’empathie dont nous faisons preuve profitent à tout le monde. Nos relations s’enrichissent, notre qualité de vie et notre estime de nous-mêmes aussi !]

Cette authenticité, confiance en nous, humilité, empathie et j’ajouterais, la connaissance de soi que nous acquérons chaque jour à travers nos relations aux autres, nous rendent congruents et empreints de sagesse. Pour le biographe et moraliste grec Plutarque, auteur des célèbres vies parallèles, « l’ouïe est l’organe de la sagesse ». Sagesse signifie tranquillité et pour écouter réellement il faut être calme intérieurement.

Les psychiatres et psychothérapeutes Christophe André et François Lelord indiquent dans leur livre intitulé « L’estime de soi » que les personnes qui ont une basse estime d’eux-mêmes font preuve d’humilité et/ou de modestie face au succès. Dans ce cas de figure, les auteurs considèrent l’humilité et la modestie comme des avantages. Le dictionnaire « Larousse » donne comme définition du mot « modestie » : [Modération, réserve, retenue dans l’appréciation de soi-même.] Concernant la modestie, Christophe André et François Lelord écrivent à son sujet : [Dans nos sociétés, la modestie a toujours été considérée comme une vertu. C’est qu’elle joue un rôle social de premier plan, poussant à la réserve et à l’altruisme, à servir la collectivité plutôt que ses seuls intérêts.] Pour Christophe André et François Lelord l’humilité est une vertu religieuse et la modestie une vertu civique (la cousine laïque de l’humilité). La modestie est souvent présentée, surtout dans le domaine professionnel, comme de l’humilité. Ne parle-t-on pas dans ce cas de fausse modestie ? Voici ce qu’écrivent Christophe André et François Lelord dans leur ouvrage au sujet de l’humilité et de la religion : [De matière générale, la plupart des religions ont encouragé leurs adeptes à faire preuve d’humilité, qui est une forme de l’abaissement volontaire de l’estime de soi. Pour les croyants, l’humilité est d’abord une des conditions nécessaires pour se rapprocher de Dieu. Elle permet aussi de mieux respecter les autres, en ne se considérant pas comme leur supérieur.] En coaching il est préférable d’utiliser le mot client à celui de coaché car ce dernier induit l’idée que le coach se positionne au dessus. L’autorité du coach se situe dans la parité qui existe au sein de la relation de coaching, dans sa compétence relationnelle et non dans une relation de subordination. Parité ne veut pas dire égalité indique le médecin psychiatre Jacques-Antoine Malarewicz dans son livre « Réussir son coaching » : [L’égalité est structurale, elle est fondée sur l’identité et la ressemblance ; la parité ne va pas de soi, elle suppose un cadre où s’affirme, généralement pour un temps, la complémentarité des rôles de chacun.] Le coach est expert du processus de coaching, le client, expert de sa vie et de ce qu’il veut bien amener en séance.

De la posture empathique adoptée en séance par le coach découle l’humilité, vertu nécessaire au succès du coaching. Seul le client compte. Les résultats heureux du coaching dépendent également de la fervente envie du coach d’accompagner son client tout en veillant à ne pas vouloir plus que lui, autrement dit : « à ne pas devenir plus royaliste que le roi ». La dernière qualité essentielle du coach est le courage de confronter son client. La confrontation est d’autant plus aisée que la relation de coaching repose sur la confiance réciproque instaurée, l’acceptation inconditionnelle de l’autre, la neutralité bienveillante, l’authenticité, l’empathie et la parité des protagonistes au sein de la relation de coaching.

 

(1) karaté-do : kara signifie le vide, plus précisément la vacuité au sens bouddhique du terme et te la main. Do signifiant la voie, karaté-do peut être traduit par « la voie de la main et du vide ».

(2) l’ICF : l’International Coach Federation

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