La peur de l’inconnu liée au changement

6 Fév 2017 | | 1 commentaire

Aujourd’hui, j’ai envie de revenir sur la notion de changement que j’ai déjà eu l’occasion de traiter dans l’un de mes précédents articles intitulé « Temps ou événements temporels ? ». J’ai conclu l’article avec deux idées : « Tout au long de la vie nous changeons tout en conservant notre identité et c’est parce que nous gardons notre identité que le changement peut s’opérer » et « Rien n’est permanent ni éternel, même si certaines choses en ont l’air tant elles changent lentement ». La culture japonaise est imprégnée de cérémonies symbolisant cette prise de conscience de l’impermanence des êtres, des choses et des idées. « La fête des cerisiers en fleur », en japonais hanami, en est un excellent exemple. Chaque année, les japonais se regroupent sous les cerisiers en fleurs dans le but de manger, boire, et festoyer lors d’un pique-nique en admirant ce spectacle qui ne dure localement qu’une dizaine de jours.

Le sujet de ce nouvel article concerne la peur de l’inconnu engendrée par le changement. Qu’est-ce qui nous pousse à vouloir changer ? Le psychiatre Alain Braconnier répond à cette question dans son livre « Protéger son soi pour vivre pleinement ». D’après l’auteur, tant que les ressources utilisées pour affronter et dépasser les difficultés rencontrées dans l’existence fonctionnent, nous n’éprouvons pas le besoin de changer. [Mais lorsqu’elles nous donnent le sentiment de subir notre vie et ne nous satisfont pas, nous devons être convaincus que des changements à ce niveau sont nécessaires.] Comme nous l’avons vu précédemment, rien n’est immuable, donc changer est possible mais rarement facile car, d’après Alain Braconnier, nous émettons des résistances comme : [l’habitude, le bénéfice que l’on peut malgré tout en tirer, le risque d’un certain inconnu que cela entraîne.]

Qu’est-ce qui nous pousse à avoir peur de l’inconnu ? En fait, c’est l’incertitude qui génère cette idée d’inconnu. Voici ce qu’écrivent le coach et psychologue clinicien Patrick Amar et la psychologue clinicienne Silvia André dans leur livre intitulé « J’arrête de… stresser ! » : [Nous cherchons tous des sources de certitude, des emplois qui ne changent pas et un sentiment de sécurité qui dure toujours (mariage, lieu d’habitation…)… même si nous savons que « la seule chose qui est sûre, c’est le changement lui-même ».] La plupart d’entre nous évoluons dans un espace connu et lorsque nous nous aventurons à l’extérieur de ce champ nous devenons inquiets. En fait, ce n’est pas de l’inconnu dont nous avons peur car comment pouvons-nous avoir peur de quelque chose que nous ne connaissons pas ? En réalité nous avons peur de l’image que nous nous faisons de l’inconnu. Voici ce qu’écrit le docteur en psychologie Françoise Kourilsky dans son livre « Du plaisir au désir de changer » à ce sujet : [Nous percevons la réalité comme notre mémoire nous prépare à la percevoir. Nous avons tendance à « voir » avec notre mémoire plus qu’avec nos yeux. Lorsque nous observons quelque chose de nouveau, nous essayons en fait de retrouver quelque chose qui se trouve déjà dans notre mémoire ; nous y associons immédiatement une image déjà enregistrée et nous lui donnons un nom qui correspond à quelque chose que nous avons déjà expérimenté dans le passé. En mettant ainsi du connu sur de l’inconnu, nous faisons une projection. Selon nos attentes, nos prédictions et nos connaissances, nous ne percevons pas les mêmes choses.]

Qu’est-ce qui nous pousse à refuser le changement et l’incertitude qui l’accompagne bien qu’ils soient inévitables et que ce conflit engendre une dépense d’énergie plus importante que le changement lui-même ? Il existe, pour Patrick Amar et Silvia André, deux raisons principales à cet état de fait : « l’inconfort de l’incertitude » et « la peur du jugement des autres ». Voici ce qu’écrivent les auteurs au sujet du jugement des autres : [Sortir de sa zone de confort et rentrer dans une zone trouble d’incertitude nous met dans une position où nous pourrons peut-être être critiqués par les autres.] Nous crégnons les réactions des autres. Voici ce qu’écrivent les psychiatres et psychothérapeutes Christophe André et Patrick Légeron à ce sujet dans leur livre « La peur des autres » : [Que va dire ou faire mon interlocuteur en réponse ou en réaction à mes propos ou à mes actes ? Il existe toujours une part d’inconnu dans les attitudes relationnelles de nos semblables. […]. La crainte de réactions hostiles est une constante des cognitions associées à l’anxiété sociale. Elle tend à nous faire percevoir nos semblables comme potentiellement agressifs.] Concernant l’inconfort de l’incertitude Patrick Amar et Silvia André écrivent : [Il nous arrive à tous, malgré une situation qui ne convient pas et nous rend malheureux, de rester inactifs et passifs. En réalité, cela se justifie par le fait de vivre quelque chose de familier et de prédictible. Ce n’est pas agréable, mais c’est une situation connue, entourée d’émotions bien balisées…]. Ils ajoutent à ce sujet : [Face à l’incertitude nos émotions les plus fréquentes sont la peur, l’anxiété, la panique… On cherche alors à se rassurer du mieux que l’on peut et à créer une illusion de certitude, de sécurité…]. Nous avons vu précédemment que nous avions peur de l’image que nous nous faisions de l’inconnu mais nous avons également peur de perdre ce à quoi nous sommes attachés. En fait, nous avons peur aussi bien de l’inconnu que du connu. Nous choisissons de nous attacher au connu plutôt que de faire face à l’inconnu.

Un pas vers l’inconnu, même petit, n’est pas aisé ou plaisant. Voici ce qu’écrivent à ce sujet le médecin psychiatre François Balta et Jean-Louis Muller, responsable de l’offre « Stratégie et pilotage » à la Cegos dans leur livre « La systémique avec les mots de tous les jours » : [Lorsque c’est un pas vers l’inconnu, il peut être au contraire vécu comme particulièrement périlleux.] Alors comment faire pour affronter l’inconnu ? La solution passe par la connaissance de soi. Patrick Amar et Silvia André écrivent à ce sujet dans leur livre « J’arrête de… stresser ! » : [Etre seul et passer un moment avec ses émotions, voire plonger en elles, peut nous mener à une plus grande compréhension de nous-mêmes, à une perspective plus claire et plus importante. Une action positive peut nous aider à améliorer la situation et, le cas échéant, la réaction à la situation. Plus nous passons du temps à regarder cette incertitude en face, plus nous devenons experts pour y faire face. Il est important d’accepter d’être présent avec cette incertitude et de vraiment s’y confronter, avec les doutes, les instabilités et toutes les émotions qui vont avec elles. Se permettre de regarder en face les différentes composantes de cette incertitude est la première clé.] Plutôt que d’entreprendre un travail d’introspection sur nous-mêmes nous choisissons de croire en toutes sortes de dogmes qui masquent notre peur de l’inconnu et nous évitent ainsi de regarder en face l’inconnu que nous esquivons sans cesse. Etre conscient de l’impermanence des êtres, des choses et des idées permet de voir clair et d’avoir l’esprit libre. Seul un esprit de ce genre peut apprendre, ce qui est différent « d’accumuler du savoir » acte consistant à aller du connu vers le connu. Apprendre est un glissement du connu vers l’inconnu. Cette connaissance est emprunte d’incertitude ce qui explique que nous préférons souvent la certitude des croyances. Changer c’est partir du connu pour aller vers l’inconnu et non pas du connu vers le connu mais le chemin n’est pas toujours sans risques car incertain.

Notre besoin permanent de sécurité est le principal frein au changement. Voici ce qu’écrit la psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol dans son livre « Comment apprivoiser son crocodile » au sujet de la sécurité : [Qu’il s’agisse de mettre de l’ordre dans ses pensées ou dans la société, la motivation est la même, l’organisation est le garant de notre sécurité. […] L’organisation est l’ « art » d’inventer des repères. Le « repérage » est le fruit de l’observation et de la pensée. Etre en sécurité, c’est trouver des repères qui nous indiquent en cas de danger le chemin de l’abri, matériel, affectif ou spirituel. Des repères pour un repaire ! […] La peur de l’inconnu que chacun peut éprouver naît d’abord de l’absence de repères sur lesquels fonder sa sécurité. La peur disparaît au fur et à mesure que notre intelligence note et pense des repères, en crée de nouveaux et s’organise.] Dans leur livre « La magie des émotions », la psychologue clinicienne Elisabeth Couzon et la consultante et psychothérapeute Françoise Dorn définissent le sentiment de peur de la façon suivante : [Le déclencheur de la peur est la perception d’un danger : soit le danger est là, soit il est imminent, parfois fantasmatique. L’inconnu suscite aussi la peur. Dans tous les cas, il faut réagir.]

En guise de conclusion à cet article, je cite un passage du livre de Patrick Amar et de Silvia André « J’arrête de… stresser ! » : [Arrêtez de vivre pour demain, en fonction de la réponse de l’autre, pour tel ou tel résultat futur… Votre capacité à gérer votre stress est de votre responsabilité et vos intentions et vos actions seront déjà la plus grande partie du travail. Ayez confiance en ce que vous voulez et même dans le fait que le meilleur reste à venir. Plonger au cœur de l’incertitude et appréciez le mystère pour ce qu’il est. Développez votre curiosité et demandez-vous peut-être : « Dans un mois, dans un an, dans dix ans, est-ce que ce problème sera important ? » Faites confiance : l’inconnu peut être une excellente chose. Nous voulons certes tous plus de contrôle sur notre vie et plus de résultats concernant les actions que nous mettons en place, mais le niveau de contrôle que chacun d’entre nous demande dépend également de la façon dont chacun d’entre nous est capable de porter l’incertitude.]

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