Flatland ou la relativité de la réalité

15 Jan 2017 | | Laisser un commentaire

Depuis quelques temps je m’intéresse aux découvertes réalisées par les scientifiques dans le domaine de l’infiniment petit et de l’infiniment grand. Je suis émerveillé par toutes ces trouvailles et jamais, sans les résultats de leurs travaux, je n’aurais pu avoir une petite idée du fonctionnement du monde qui m’entoure. Mais plus la science avance, plus les spécialistes se rendent compte qu’ils sont loin de tout connaître. De la résolution d’une énigme, découle une multitude de nouvelles interrogations. Les chercheurs nous laissent entrevoir des éventualités incroyables comme l’existence de dimensions supplémentaires au sein de notre univers.

Ces théories scientifiques me font penser au livre « La réalité de la réalité » du membre fondateur de l’Ecole de Palo Alto (1), Paul Watzlawick. L’un des chapitres du livre m’a beaucoup marqué, et j’aimerais le partager ici avec vous. L’auteur évoque un petit ouvrage intitulé Flatland: A Romance in Many Dimensions (Flatland… une aventure à plusieurs dimensions) qu’un révérend Londonien, Edwin A. Abbott, a écrit en 1884.

Flatland est raconté par un habitant d’un monde dans lequel existent uniquement deux dimensions. Ce monde est plat comme une feuille de papier, les personnages sont des lignes, des triangles, des carrés etc. Ils ne peuvent pas quitter la surface dans laquelle ils évoluent librement. Bien sûr, ils n’ont pas conscience de l’existence d’une troisième dimension.

Le narrateur (un Carré), dans un rêve étrange, se voit transporté dans un monde nommé Lineland (La Contrée Ligne). Elle possède une seule dimension et tous les habitants sont des lignes ou des points qui bougent uniquement d’avant en arrière sur une même ligne droite appelée « l’espace ». Il va sans dire, qu’il ne vient pas à l’idée des habitants (Les Linelanders) de se déplacer à droite ou à gauche. Le rêveur s’évertue, sans y parvenir, à décrire au roi de Lineland (La plus longue ligne) ce qu’il en est de Flatland.

Dans la journée, le Carré explique à son petit-fils, un Hexagone, des notions de géométrie. Les questions pertinentes que l’enfant pose sans cesse au sujet du chiffre trois élevé au cube, agacent le grand-père qui envoie le garçon se coucher. Le Carré ne tient pas compte de l’enseignement de son rêve. Tourmenté par les dires du jeune Hexagone, le Carré fini par qualifier à haute voix l’enfant d’idiot. Pour son grand-père, trois au cube ne peut pas avoir de sens en géométrie. A cet instant, une voix lui répond que l’enfant n’est pas sot et que trois au cube a une explication claire en géométrie. Cette voix appartient à un étrange visiteur qui affirme venir d’un univers à trois dimensions appelé Spaceland (La Contrée Espace). Le visiteur se décrit comme une Sphère et le Carré bien sûr ne peut pas le comprendre car ce qu’il voit est un cercle aux caractéristiques bien étranges : son diamètre augmente, puis diminue jusqu’à laisser apparaitre un seul point avant de disparaître totalement. Comment est-ce possible ? La sphère traverse simplement Flatland de haut en bas mais le concept de « haut » est étranger à la réalité du Carré. Il ne perçoit pas cette réalité et refuse d’y croire. La sphère ne voit pas d’autre solution que d’amener le Carré à vivre une expérience bouleversante qui le conduit à penser qu’il est fou ou bien arrivé en enfer. La voix lui dit sereinement : « Pas du tout, c’est la connaissance ».

La fin de l’histoire devient comique car le Carré imagine des univers à quatre, cinq ou six dimensions que la Sphère s’empresse de nier. Comme le Carré n’en démord pas, la Sphère finie par le renvoyer dans l’espace restreint de Flatland. Comme le Carré ne se souvient pas scrupuleusement de ce qu’il découvrit de la réalité aux trois dimensions et qu’il lui est de plus en plus difficile de s’en souvenir, il est finalement emprisonné à vie.

Flatland décrit avec brio la totale relativité de la réalité. Cet ouvrage est remarquable à deux égards : il anticipe certaines découvertes de la physique moderne du début du vingtième siècle et il fait preuve d’une perception psychologique affinée. Cette histoire me fait penser aux quelques fois où j’ai été témoin d’une prise de conscience instantanée de mon client en séance. Le coaché a une vision erronée de la réalité, ce qui génère son problème. Le coach ne cherche pas à convaincre. Il met simplement le coaché face à la réalité. Mais qu’est-ce que la réalité ? La réalité est une construction de l’esprit. Selon Paul Watzlawick, nous percevons le monde à travers des représentations. Le coach, dans sa posture bienveillante, met un pied dans la réalité du coaché qui, à son tour, fait un pas dans la réalité du coach. Ainsi, se créent les qualités émergentes du coaching.

En dehors du fait qu’il est convaincu qu’une transformation intérieure est possible, le coach n’a rien de plus que son client. Le coaching n’a rien d’intellectuel. C’est un accompagnement dans le présent d’instant en instant. Il génère des émotions qui ouvrent radicalement à jamais une autre dimension pour le coaché à l’instar du Carré dans Flatland. Pour une raison personnelle, cette histoire de Flatland m’a également marquée : Mes parents m’ont raconté que la première fois que j’ai vu la mer j’ai dit « Que d’eau ! Que d’eau ! ». Je ne me souviens pas si leur réponse a été : « Et encore, tu ne vois que le dessus. »

 

(1) Ecole de Palo Alto : désigne un groupe d’hommes qui ont travaillé ensemble autour de théorie de la communication et de la relation entre individus. L’initiateur de ce travail et père de cette école est Grégory BATESON, zoologue, anthropologue et ethnologue. Approche thérapeutique systémique.

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